Prise de recul

De nouveaux articles sur la signature de samedi 19 octobre 2013 à la maison de la presse Ty-Presse de Callac.

Le ton a changé, la prudence est perceptible…  Le parti-pris est imperceptible… Les correspondants se seraient-ils renseignés sur le parcours des résistants présents ce jour-là ?

De Patrick Steun, correspondant d’Ouest-France, et aussi de l’Echo de l’Armor et de l’Argoat :

Echo

Finalement, chacun avait pu avancer ses arguments…

Et une approche presque audacieuse du Poher :

Poher

Le fonds du sujet, du sujet qui fâche, reste à traiter.

A signaler, un cas désespéré à Pont-Melvez

Yves Mervin

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Je reviendrai à Callac…

Ma signature à donné l’occasion de deux articles dans la presse quotidienne. Le premier émane du correspond local d’Ouest-France, Patrick Steun, et l’autre du correspondant local du Télégramme, Christian Le Goff.

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Le correspondant du Télégramme, Christian Le Goff, en pleine action de prise de notes, interrompue par la rencontre de Georges Ollitrault avec la fille d’un de ses camarades du maquis Tito à Peumeurit-Quintin.

Ouest-France

On retrouve de mêmes éléments et quelques variantes dans ces deux articles. L’occasion de porter quelques précisions sur la réalité des propos que j’ai tenus.

Plus proche de la vérité…

Ouest-France : « La résistance a fait plus de morts chez les Bretons que chez les Allemands ». D’après les recherches que j’ai effectuées, je suis bien parvenu à cette conclusion. « Globalement, la Résistance a été plus nuisible qu’utile » : ce qu’a compris le correspondant.

Ouest-France : « Plus proche de la vérité que tous les historiens sur le sujet » et, plus précis, le Télégramme : « Je suis plus près de la vérité que beaucoup… pour le moment, je n’ai rien à remettre en cause ». Telle est bien la teneur de mes propos, et pour de multiples raisons : j’ai continué le travail commencé par un résistant, j’ai pu en associer d’autres à ma démarche, je suis le premier à avoir accéder à des archives jusqu’à présent interdites d’accès… Qui plus est, mon livre a suscité de nombreux témoignages nouveaux qui confortent ma présentation et il me serait possible d’écrire un second tome après ce premier livre. J’ai ajouté que mon travail marque surtout une étape et que d’autres historiens viendront après moi pour compléter ce que je n’ai pas pu écrire. Seront-ils amenés à me contredire ? On verra cela à l’avenir.

Le coup d’éclat de l’adjoint au maire de Callac…

Le Télégramme : « L’auteur et Georges Ollitrault, ancien résistant qui l’accompagnait, ont été pris à partie par un adjoint callacois qui s’adressant à Georges Ollitrault : Je suis écœuré de votre présence auprès d’Yves Mervin » et Ouest-France : « Denis Lagrue, premier adjoint, interpelle Georges Ollitrault, ancien Résistant présent aux côtés d’Yves Mervin ». En effet, nous avons assisté à cette scène surréaliste où un élu callacois est venu, 70 ans après les événements, tancer vertement l’ancien résistant Georges Ollitrault qui m’a apporté une contribution significative à l’interprétation des événements et des éléments d’archives que je lui ai soumis.

Il serait trop long de rappeler ici le parcours exceptionnel de ce résistant qui est entré en clandestinité dès 1941, jusqu’en 1944, qui a effectué les premiers sabotages à Saint-Brieuc dès 1941, qui a participé à l’exfiltration de Marcel Cachin, qui a conduit la brigade de sabotage créée par Louis Pichouron, qui s’est échappé des prisons de Compiègne et de Saint-Brieuc, qui a exfiltré ses camarades de la prison de Lannion, qui a attaqué la gendarmerie de Callac [attaque ratée du fait des résistants de Callac], qui a sauvé le parachutiste allemand déserteur Georges Nieman [raccourci de l’histoire : que le maquis du résistant qui protestait à l’extérieur s’apprêtait à éliminer… ],  qui a combattu à Duault le 12 juin 1944, qui a récupéré les armes laissées là par les parachutistes, qui a attaqué la garnison allemande de Bourbriac le 6 juillet 1944, qui a fait la jonction avec les Américains à Rostrenen le 5 aout 1944, qui a protégé la mission ALOES avec le Corps-franc Marceau à Kerien, qui a participé à la libération de Saint-Brieuc, qui a été blessé par un engin explosif dans la poche de Paimpol…

Et se permettre de venir faire un reproche à Georges Ollitrault au titre de la mémoire de la Résistance bretonne !

Stupéfiant !

Tel est le résultat de décennies de liturgie résistante sans esprit critique et de devoir de mémoire en circuit fermé.

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La photo du correspondant d’Ouest-France, prise au moment même où Denis Lagrue reproche avec véhémence à Georges Ollitrault sa présence en ce lieu…ce qui nous vaut mon air incrédule et celui ébahi de Georges Ollitrault.

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Après être venu tancer Georges Ollitrault dans la maison de la presse, Denis Lagrue, adjoint au maire de Callac, vient rapporter à Félix Leyzour, sénateur communiste de Callac, resté à l’extérieur.

Houle dans la foule…

Le Télégramme : « Une attitude vécue par ceux-ci comme une ultime provocation… »

Pendant la signature, deux manifestantes, filles d’internés au camp de Châteaubriant, sont venues me faire part de leur désaccord. L’une d’entre elle n’avait ostensiblement pas lu le livre car elle ignorait en quels termes j’évoquais le sort de ses père et grand-père. J’ai indiqué à cette dame que je viendrais après la signature discuter avec elle. Lors de la sortie, certains me reprochaient de partir en les ignorant : je les ai rassurés en leur précisant que je déposais seulement mes affaires dans ma voiture.

Télégramme

Je n’ai aucune crainte ou appréhension du contact. J’ai baigné pendant toute mon enfance dans des milieux résistants et en particulier FTP. Je sais pertinemment que chacun détient sa part d’humanité, que chacun peut surmonter ses émotions, qu’il n’y a pas d’opposition insurmontable et qu’avec de la patience, le dialogue est possible en toutes circonstances.

Aucun des contestataires, qui se sont évertué à ne pas lire mon livre, ne m’a indiqué d’éléments qui seraient inexacts. Ils m’ont rappelé que des morts étaient morts, ce que l’on sait depuis la période même de la guerre où quelques temps après la libération.Le malaise tient surtout au fait de parler d’autres morts dont l’ANACR ne veut surtout pas entendre parler. D’où cet écran de fumée qui ne sera qu’éphémère. Les manifestants devraient considérer que s’ils abstiennent de lire Joli mois de mai 1944, d’autres ne s’en privent pas… Tout le monde ne choisit pas délibérément l’ignorance…

Il convient enfin de rapprocher les articles d’Ouest-France et du Télégramme de ceux parus suite aux signatures de Carhaix et de Rostrenen. Dans ces lieux, les correspondants ont parfaitement trouvé les termes pour évoquer un sujet dont la sensibilité est évidente pour tout le monde et qu’il convient de traiter calmement, en dépassionnant le débat. A Callac, il semble y avoir eu confusion entre des arrière-pensées politiques et le souci d’informer de façon équilibrée.

Yves Mervin

Signature à Callac le 19 octobre 2013

Callac, centre névralgique de la résistance communiste en Bretagne…

Après la rupture du pacte germano-soviétique en juin 1941, des communistes callacois sont internés au camp de Choiseul près de châteaubriant. Ils échapperont heureusement aux représailles allemandes qui suivent l’attentat du colonel Hotz à Nantes le 20 octobre 1941 et seront libérés les uns après les autres dans le courant de 1942. Après la victoire soviétique de Stalingrad début 1943 et la perspective d’un nouveau front à l’ouest avec un débarquement allié, le Parti communiste met en place, à l’instigation du nouvel « interrégional » mandaté par la direction clandestine de ce parti, la guérilla rurale », une nouvelle phase de l’action du parti : incendie aux halles de Callac, « tribunaux » du Parti jugeant des « collaborateurs » choisis par lui, intimidation de ces collaborateurs par lettres anonymes et tentatives d’assassinat…

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Les traces de l’attaque de la gendarmerie de Callac du dans les archives départementales des Côtes-d’Armor (Rapport de gendarmerie – 2 W 17)

La recherche des armes « France combattante » parachutées début mars 1944 près de Peumerit-Quintin, l’attaque du chef de gendarmerie de Guingamp par le maquis Tito le 25 mars, le meurtre d’un ingénieur de passage à Callac le 7 avril 1944 (une très vraisemblable méprise sur la personne)… sont les préludes de la grande rafle du 9 avril 1944 qui voit l’arrestation d’une centaine de Callacois, dont 6 seront fusillés et 17 périront en déportation.

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 Sur la photo, Georges Ollitrault qui a mené l’attaque contre le gendarme Flambart à Callac et qui a bien voulu m’accompagner de nouveau pour cette signature, discute avec des descendants de ses camarades de combat du maquis Tito.

Bien qu’au titre du « devoir de mémoire », l’ANACR appelle à se souvenir des événements de la Seconde Guerre mondiale, cette association n’apprécie pas qu’on lui rappelle certains faits et que l’on ramène certaines actions de la résistance à leur justes proportions. Le jour-même de la signature, elle a sollicité Le Télégramme pour passer ce communiqué.

Le Télégramme - ANACR

J’étais déjà, au moment de mes enquêtes, passé à Callac pour me faire une idée des lieux.

Et le jour-même de la signature, une manifestation s’est tenue devant la maison de la presse pour protester contre ma venue en ces lieux.

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Les manifestants et les passants interpellés par l’ANACR devant la maison de la presse.

Lors de la sortie, vers midi et demie, contact entre les uns et les autres. Propos plutôt vifs, mais néanmoins un semblant de dialogue, très difficile à mener avec des personnes qui contestent le livre sans l’avoir lu.

Et photos à l’appui : victimes de l’occupant allemand, victimes de la Résistance. Une dame dont le père a été interné à Châteaubriant semblait admettre que les familles victimes de la Résistance pouvaient elles aussi avoir souffert.

Mais la pluie a interrompu ce dialogue laborieux….

Yves Mervin

A la droite de l’extrême-gauche…

Joli mois de mai 1944 me vaut quelques accusations de me situer à l’extrême-droite sur l’échiquier politique et aussi d’être un « nationaliste » breton. La question ne se pose pas de savoir si je suis à gauche ou à droite ou si je suis régionaliste ou jacobin.

Dans la première partie de mon ouvrage, la plus importante, j’établis des faits incontestables. La parution de Joli mois de mai a d’ailleurs suscité un nombre important de nouveaux témoignages sur les combats que j’ai décrits et surtout sur les exactions commises par la Résistance : tout ce que j’ai pu écrire est largement confirmé par ces nouveaux témoignages. Aucun de ces témoignages ne n’amène, pour le moment, à revenir sur ce que j’ai écrit. Il y aurait a contrario de quoi écrire un autre livre sur la réalité de ce qu’a été la Résistance avec ces nouveaux témoignages et ce livre serait autant désagréable à ceux qui sont déjà indisposés par le premier.

Telle est donc la question que devrait se poser les contestataires : quels sont les faits qui seraient inexacts ? Alors ne nous trompons pas de sujet et évitons la diversion. Mes opinions politiques ne sont pas la question, même si je les exprime à la fin de mon ouvrage. Pour ceux qui ne les auraient pas devinées, voici un indice :

L’Union est fondée sur les valeurs de respect de la dignité humaine, de liberté, de démocratie, d’égalité, de l’État de droit, ainsi que de respect des droits de l’homme, y compris des droits des personnes appartenant à des minorités. Ces valeurs sont communes aux États membres dans une société caractérisée par le pluralisme, la non-discrimination, la tolérance, la justice, la solidarité et l’égalité entre les femmes et les hommes.

Il s’agit de l’article 2 du traité de l’Union européenne relatifs aux valeurs de l’Union. Mes détracteurs seront bien en peine de démontrer que j’éprouverais de la nostalgie pour le pétainisme – comme il m’a été écrit – ou pour toute idéologie de couleur brune. Et à quel moment de mon parcours personnel j’aurais pu exprimer de la sympathie pour cette mouvance.

L’extrême-droite est souvent associée à l’antisémitisme. Avec Arthur et David, j’ai abordé un thème pour le moins périlleux : celui de la Shoah, au travers des relations entre les nationalistes et les Juifs bretons. Or personne ne m’a accusé d’antisémitisme ou de négationnisme. Pas même Françoise Morvan

Yves Mervin

Signature à Rostrenen le 5 octobre 2013

A Rostrenen, l’occupation a été féroce, d’abord du fait de l’occupant. Deux jeunes gens capturés à Lamprat en Plounévézel ont été pendus dans cette ville le jour même du débarquement : Louis Briand, place de la République, où a eu lieu la signature, et Bernard Marcel près du cimetière. La signature a donné lieu de rencontrer un témoin de l’assassinat par des Allemands à Moulin-meur en Carhaix d’un autre jeune résistant capturé à Lamprat, Jean Le Dain. Ce témoin est resté longtemps traumatisé du fait d’avoir assisté à un tel spectacle.

La résistance a aussi commis de nombreux crimes contre des civils, comme celui du résistant FFI Jean Petithomme. Jean Petithomme a été tué à Saint-Gilles-Pligeaux le 25 juillet par des résistants FTP de Rostrenen. J’ai pu accéder à des archives jusqu’alors inexplorées sur ces crimes, aux archives des Yvelines et au dépôt central des archives de justice militaire.

Deux jumelles juives ont été cachées à Rostrenen pendant la guerre par deux familles dont les pères étaient communistes. L’un a été  déporté, l’autre s’est engagé dans la Résistance. J’ai pu rencontrer des filles de ces familles.

Et c’est aussi dans un Rostrenen sans habitants dans les rues, que le résistant du maquis Tito Georges Ollitrault a fait le 5 août 1944, avec le parachutiste Roger Lobrot, la jonction avec les Américains du Combat Command B (CCB) sous les ordres du colonel George W. Read. Il les dirigea ensuite vers la mission ALOES parachutée à Kerien dans la nuit du 4 au 5 août…

La douleur des familles de victimes reste vive 70 ans après les événements et ces familles apprécient que l’ont parle enfin de leurs proches, qui plus est sans leur imputer de méfaits qui relèvent de la seule invention de leurs assassins. Ce qui n’est pas apprécié par tous. L’ANACR de Rostrenen n’apprécie ostensiblement pas que l’on exhume des épisodes et des actions peu reluisants de la Résistance rostrenoise, qui a surtout combattu ses compatriotes, jusqu’à en faire un haut-lieu de la criminalité résistante en Bretagne. Une délégation de l’ANACR a manifesté à l’extérieur de la maison de la presse et a dissuadé les clients de venir se faire dédicacer Joli mois de mai 1944. Certaines personnes ont effectivement rebroussé chemin mais sont venues le lendemain et le surlendemain. En définitive, l’ANACR de Rostrenen a surtout conforté ces lecteurs dans leur intention d’achat.

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Signature en compagnie de Georges Ollitrault d’après l’article de Ouest-France.

Signature à Carhaix

Ouest-France et Le Télégramme ont bien voulu relayer ma signature de Joli mois de mai 1944 à la maison de la presse à Carhaix samedi 21 septembre 2013. Ce qui m’amène à préciser que c’est la rencontre en 2005 d’un résistant du Finistère, proche de l’état-major FTP, qui m’a initié à l’histoire de la Résistance en Bretagne telle que je la raconte dans mon livre. C’est d’ailleurs ce résistant, disparu peu après. qui en a écrit les trente premières pages, que j’ai entièrement réécrites. J’ai conservé l’idée générale de son tapuscrit et quelques expressions comme « quadrilatère harmonieux », « tête de tulipe » et le titre même, « Joli mois de mai ». Pour le moment, je m’abstiens de révéler son identité. Avant cette rencontre, j’ignorais tout du sujet du livre, que j’ai hésité à écrire, car il était évident qu’il nécessitait un investissement important en recherches et en différentes enquêtes. Je me suis décidé à le faire car j’ai considéré que personne n’écrirait ce livre si je ne le faisais moi-même. J’en suis satisfait pour les résistants dont j’ai mis le parcours en valeur et je ne suis pas désolé pour ceux qui auraient préféré que mon livre ne sorte jamais.

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La signature immortalisée par Le Télégramme, signature qui en particulier permis de rencontrer une famille victime de la tuerie de Gartulan le 21 janvier 1944 par des résistants communistes et une autre famille victime des Allemands lors  du combat de Paule-Plévin du 29 juillet 1944.