Nouvelles attaques contre la Résistance

Dans un post publié sur son blog, Françoise Morvan avance, à l’occasion d’une critique de Joli mois de mai 1944, que le maquis Tito aurait été infiltré par des indicateurs, ce qui aurait eu des conséquences désastreuses :

FM b 1

Françoise Morvan renvoie à la page 399 de la version de poche de son livre (soit la page 309 de la première version brochée) où l’on trouve :

FM mm

… des indicateurs dans le maquis de Callac et non pas dans le maquis Tito. Par ailleurs, Françoise Morvan met en garde contre une confusion qu’il y a lieu d’éviter entre le maquis de Callac et le maquis Tito :

FM b 2

Et réciproquement : il serait étonnant que les Tito aient cherché à se prévaloir des actions du maquis de Callac. Ces passages font référence à l’attaque du gendarme Flambart  le 26 mars 1944, une initiative des Tito. Comme cette attaque prenait lieu dans leur commune, les Tito ont prévenu le maquis de Callac qui a voulu être associé à l’action. Et c’est grâce à ce maquis que l’opération à capoté et que Flambart a eu la vie sauve (lire Joli mois de mai 1944, pp. 101-102). Suite à cette action et à la rafle du 9 avril qui s’ensuit, le maquis de Callac migrera à Carnoët puis à Trébrivan où il sera dispersé par les Allemands le 29 juin 1944. Pendant le même temps, le maquis Tito mènera de nombreuses opérations à partir de sa base de Maël-Pestivien – Peumeurit-Quintin.

Zone action maquis Tito

Zone d’action du maquis Tito (Document Georges Ollitrault).

Le maquis Tito, fondé mi-mars 1944 par Louis Pichouron à la suite des parachutages de Peumerit-Quintin, est un des rares maquis qui a survécu pendant l’Occupation sans être démantelé, sans perdre de ses membres autrement que dans des combats avec les Allemands. La plupart des autres maquis ont été généralement repérés très peu de temps après avoir été créés et ensuite presque aussitôt détruits sans ménagement par les Allemands.

Si le maquis Tito avait été effectivement infiltré par des indicateurs, on imagine mal comment les parachutistes blessés au combat de Kerhamon en Duault le 12 juin 1944 et cachés par les Tito auraient pu rester épargnés par les recherches allemandes. Lors de la rafle du 11 juillet 1944, les Allemands sont passés très près de ces parachutistes sans les trouver. Et lors de cette même rafle, Étienne, un des responsables du maquis Tito, est capturé : ce qui ne fait pas suite à une infiltration, car la rafle visait la mission parachutiste Jedburgh du nom de Frederick. Étienne parviendra par ailleurs à ne rien révéler aux Allemands de son organisation ni des parachutistes. Il survivra, avec de la psychologie et de la chance.

Nous ne suivons donc pas très bien Françoise Morvan dans ses affirmations et les griefs qu’elle adresse au maquis Tito en faisant dans ses écrits une confusion entre maquis Tito et maquis de Callac alors qu’elle met vertement en garde contre une telle confusion ! Et au passage, Françoise Morvan n’hésite pas à expliquer la guerre à ceux qui l’ont faite !

Si nous avions émis les affirmations que s’est autorisées Françoise Morvan, aurions-nous été taxés de porter une nouvelle attaque contre la résistance comme elle l’avance dans un autre de ses posts ?

Une esquisse d’explication dans les commentaires que je viens de recevoir de la part de Bernard Longuève, du maquis Tito, sur Joli mois de mai 1944. Je ne peux d’abord que me réjouir que cet ancien maquisard ait trouvé mon livre très intéressant pour comprendre ce qui s’est passé en Bretagne pendant la guerre. Bernard Longuève trouve ensuite tout à fait délirant l’idée selon laquelle le maquis Tito aurait été infiltré : si tel avait le cas, il ne serait plus là pour témoigner. Enfin, Bernard Longuève félicite à l’occasion Georges Ollitrault pour avoir su protéger [son] groupe des subtilités politiques du moment et des « dérapages » de certains maquis et rend hommage à ses copains [dont] la plupart [n’étaient] pas politisés.

Le maquis de Callac se situait nettement dans la ligne du Parti (voir ses cibles favorites) et ne se préoccupait pas vraiment des questions de sécurité (le responsable que cite Françoise Morvan et dont elle souligne l’extraction prolétarienne avait écrit en clair son nom sur sa mitraillette…). Le maquis Tito faisait bien partie d’une organisation communiste mais ses membres étaient-ils correctement politisés pour Françoise Morvan ?

Yves Mervin

Addendum (22/04/2014) . Un lecteur me signale, p. 83 du livre de Françoise Morvan, Miliciens contre maquisards :

FM McM p 83

Donc le maquis de Callac qu’il ne faudrait ne pas confondre avec le maquis Tito, serait néanmoins devenu ce maquis Tito… On ne saura jamais ce qu’il fallait retenir de tout cela.

Précisons surtout qu’on ne peut considérer que l’attaque de Bourbriac le 4 juillet 1944 par le maquis Tito serait à l’origine de la rafle de Saint-Nicolas-du-Pélem du 11 juillet  : les Allemands ont pour objectif principal, depuis le combat de Kerhamon en Duault le 12 juin, de capturer la mission Jedburgh, gestionnaire des liaisons avec le SOE (Special Executive Office) et organisatrice des parachutages d’armes et de financements au bénéfice des maquis. Sur renseignement extorqué par la torture (voir Joli mois de mai 1944, p. 274), le SD (Sicherheitsdienst) se dirige droit sur cette mission Jedburgh à Canihuel et cette dernière échappe de justesse… en abandonnant la carte des maquis et lieux de parachutage…

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