Les exactions de Jean Le Jeune

Le numéro 6 de février-mars 2015 de la revue Bretagne Histoire Magazine éditée par Le Télégramme, a pour thème principal La grande histoire de la Libération de la Bretagne. On y trouve un réchauffé de divers aspects habituels de ce thème inépuisable et un article consacré à Jean Le Jeune, ex-chef départemental des FTP (Francs-tireurs Partisans) des Côtes-du-Nord, aujourd’hui Côtes-d’Armor, sous le titre Résister.

Dans ce portrait, les auteurs Jean-Luc Germain et Simon Cohen tronquent le principal des faits. Ils n’oublient pas de préciser que Jean Le Jeune appartenait au Parti communiste. Jean Le Jeune y fera après la guerre une longue carrière sans en être jamais exclu. Les auteurs seraient avisés de préciser ce en quoi le communisme serait une antidote au nazisme.Bundesarchiv_Bild_101I-121-0011-20,_Polen,_deutsch-sowjetische_SiegesparadeAllemands et soviétiques fraternisent et s’échangent des cigarettes, sous le portrait de Staline, après la signature du pacte germano-soviétique et l’écrasement de la Pologne en 1939. Jean Le Jeune rendra un hommage dithyrambique à Staline lors de sa disparition en 1953.

Chacun peut fabriquer des héros comme il l’entend, évitons surtout d’oublier ou salir leurs victimes. Rappelons les principaux faits d’armes de Jean Le Jeune en tant que « Résistant » décrits dans Joli mois de mai 1944 : l’affaire de Gartulan, qui se solde le 21 février 1944 par le meurtre de Jean Hourmant et de Corentin Mahé. Jean Le Jeune finira par reconnaitre bien tardivement que les assassins appartenaient à son organisation.

JHCM

N’oublions pas non plus la jeune Charlotte Baubion, âgée de 12 ans, tuée dans la glorieuse attaque de Toul-dous en Plévin le 18 mai 1944 par des éléments du « Bataillon Guy Môquet » sous les ordres directs de Jean Le Jeune.

BC

Jean Le Jeune et son parti portent enfin une responsabilité directe dans l’assassinat du maire de Glomel, Jean Croizer, le 22 mai 1944, dont les exécutants Joseph Masson et Jean-Louis Corbel seront dûment reconnus comme des « résistants » du groupe Bara et rattachés, via Jean-Louis Henry dit David de Rostrenen, au « Bataillon Guy Môquet ».

A propos de Jean Croizer, quelques témoignages. De Madame Ropers, le 16 octobre 1947, scène dont elle a été le témoin :

En janvier ou février 1944, j’eus l’occasion de me rendre à Glomel afin de connaître la quantité de blé que devait livrer la commune pour son imposition. J’ai trouvé Monsieur Croizer, maire, en discussion avec des Allemands. Ceux-ci lui intimaient l’ordre de distribuer une quantité importante de sacs pour une livraison d’avoine dans un délai restreint … Monsieur Croizer leur répondit que ce qui lui était demandé était matériellement impossible et qu’il ne pouvait exécuter cet ordre. Devant cette réponse, l’Allemand se fâche, le traite de mauvais Français et menace de le fusiller. A cette menace, Monsieur Croizer lui a répondu par ces mots devant moi : fusillez-moi si vous le voulez, mais je ne peux pas faire ce que vous me demandez… La conversation devenant de plus en plus orageuse, je me retirais.

De Gouletquer, retraité de la gendarmerie, le 2 février 1948 :

En qualité de maréchal des logis chef de gendarmerie à Saint-Brieuc, j’ai été désigné, le 25 février 1944, pour commander un détachement de gendarmerie, mis aux ordres du commandant allemand à Saint-Brieuc. Aucune instruction, verbale ou écrite, ne m’avait été donnée. Au siège de la Feldkommandantur, le détachement a été réparti à raison d’un gendarme par autocar, dans un convoi automobile. Chaque autocar était occupé par un détachement de soldats allemands. Je me trouvais dans le premier véhicule, commandé par un sous-officier allemand, ayant sous ses ordres huit soldats, dont un Russe. Le convoi a pris la direction de Corlay et s’est dispersé dans cette localité. L’autocar que j’occupais s’est rendu à Glomel où, seulement, j’ai compris l’objet de cette mission, qui était le ramassage d’ouvriers pour le service du travail obligatoire. A la mairie de Glomel, se trouvait Monsieur Croizer, maire, qui fut invité par le sous-officier allemand à fournir la liste et à présenter les hommes qu’il avait reçu ordre de désigner. Le maire a donné une liste, mais n’a présenté aucun homme. Le sous-officier allemand s’est mis en colère et a enjoint au maire de l’accompagner au domicile des hommes désignés. Le maire a refusé. Invité à mon tour, j’ai refusé aussi. Le sous-officier allemand a prit la décision de faire une rafle dans le bourg de Glomel et, sous la menace des armes, a voulu contraindre le maire et moi-même à accompagner les Allemands au domicile des citoyens.

Le maire a refusé et a été arrêté immédiatement. Il a été emmené dans l’autocar, sous la surveillance de soldats russes. J’ai fait mine de suivre les Allemands et, dans la rue, je leur ai faussé compagnie. Je suis allé chez Madame Boudehen au bourg et j’ai pris mon repas de midi. Les Allemands ont fouillé les maisons sans trouver personne, la population avait été alertée à temps par le maire. Ils ont trouvé dans le bourg, Monsieur Cozic, garde champêtre et un homme de passage venant de Trégornon en Glomel, qu’ils ont placé dans le car avec Monsieur Croizer. Les Allemands m’ont retrouvé chez Madame Boudehen et m’ont conduit à l’autocar ou je me suis trouvé en position de prisonniers avec les trois autres Français. Par la suite, les Allemands n’ont plus demandé notre concours. Le convoi, réuni à Corlay, est rentré à Saint-Brieuc le soir. J’ai été relâché sous menace de punition. Par la suite, j’ai été mis en retrait par mesure disciplinaire par le gouvernement de Vichy. Le maire de Glomel a été relâché.

Lorsque j’ai appris que le maire de Glomel avait été tué par des hommes se disant résistants, j’ai été étonné, son attitude lors de la journée du 25 février 1944 ayant prouvé qu’il avait l’âme d’un Français. Je l’ai toujours considéré comme un homme d’un patriotisme éprouvé, pendant les sept ans que j’ai servi à Rostrenen de 1930 à 1937.

De Yves Pennou, étudiant, le 1er octobre 1947, qui certifie avoir reçu de Jean-Louis Croizer,  en avril 1944, une fausse carte d’identité :

Je puis certifier que ce maire n’a jamais fait pression sur les requis au service du travail obligatoire pour leur départ en Allemagne. Bien au contraire, les jeunes de la classe 1942 furent convoqués à la mairie par les autorités occupantes. Personne ne s’étant présenté, il a refusé d’accompagner les Allemands au domicile de ces jeunes, préférant la mort à une telle action, ce qui lui valut d’être ramassé par les autorités qui le conduisirent à Saint-Brieuc pour rendre compte de son geste.

Du colonel André Cazin d’Honincthun, le 25 janvier 1948 :

Je soussigné, colonel Cazin Honincthun André, officier de la Légion d’honneur pour faits de Résistance, croix de guerre 1914-18 et 1939-45, médaille de la Résistance, ex-coordinateur national du réseau de résistance P.T.T., déporté politique à Buchenwald-Dora (août 1944 – mai 1945), déclare sur l’honneur avoir pendant l’Occupation, obtenu de Croizer Jean-Louis, domicilié à Kerhod en Glomel, Côtes-du-Nord, maire de cette commune, une fausse carte d’identité ainsi que de nombreux tickets d’alimentation.

Croizer connaissait mon activité dans la Résistance ainsi que celle de mon neveu Duval Édouard, déporté politique à Neuengamme, disparu en avril 1945 et celle de mon beau-frère, le lieutenant-colonel Jonglez de Ligne, déporté politique à Buchenwald-Dora. Il [Jean Croizer] avait reçu de la Gestapo de Saint-Brieuc, l’ordre de signaler nos déplacements dans la région, mais n’en fit rien, malgré qu’il en aurait été tenu pour responsable [sic]. Jean-Louis Croizer, que je connaissais depuis mon enfance, a toujours été un honnête homme et un bon Français hautement considéré par tous ceux qui l’ont approché.

Sa mort relève de l’assassinat pur et simple.

Croizer Jean-LouisJean-Louis Croizer

Assassinat pur et simple à caractère purement politique. Quelques crimes parmi d’autres ainsi que des attaques de fermes, des rapines, des viols, des menaces… Et quelle contribution à La grande histoire de la Libération de la Bretagne ? Les auteurs de l’article se sont abstenus de poser la question et ne vous fourniront pas la réponse.

En même temps qu’environ trois millions et demi de Bretons, Jean Le Jeune a été libéré début août 1944 par ses ennemis intimes, non pas les nazis, mais les capitalistes américains et leur US Army.

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