Le cas Françoise

Dans un post sur son blog intitulé : Réécriture de l’histoire : Le Cas Mervin, Françoise Morvan revient sur le « résistant » Jean-Louis Corbel à propos duquel j’ai affirmé qu’il a participé l’assassinat du maire de Glomel, Jean-Louis Croizer. Je n’ai pas bien suivi Françoise Morvan dans les méandres de ses argumentations. Tout et son contraire ayant été dit sur les sujets qu’elle aborde, elle peut à coup sûr brandir une citation qui ira dans le sens de sa Vérité bien à elle sans que la moindre objection ne vienne saper ses certitudes. Elle papillonne ainsi d’imprécations en anathèmes qui se termineront par l’incrimination de quelqu’un qu’elle aura désigné comme nationaliste breton.

Coco et Mataff

Je ne m’attarderai pas à réexposer que le groupe Bara et le maquis Tito ne peuvent être considérés comme issus l’un de l’autre, quand bien même ils relevaient tous de l’organisation FTP de la Résistance communiste des Côtes-du-Nord. Le premier dépendait du maquis de Rostrenen commandé Jean-Louis Henry dit David rattaché à Jean Le Jeune. Le maquis Tito est une émanation directe de la brigade de sabotage, de Louis Pichouron, prédécesseur de Jean Le Jeune à la tête des FTP des Côtes-du-Nord. Les exactions du groupe Bara ne sont pas à mettre au compte du maquis Tito. Les enquêtes que j’ai menées sur cette question n’ont d’ailleurs jamais fait que confirmer les analyses qu’avait établies le résistant qui a écrit les premières pages de Joli mois de mai 1944.

Il ne me revient pas d’infirmer que le maquis Tito a été infiltré par des agents du SD mais à celle qui l’affirme, Françoise Morvan, d’expliquer comment ce maquis aurait été infiltré, quel agent l’aurait pénétré, à quel moment et dans quelles circonstances. Enfin, si ce maquis a été réellement infiltré, pourquoi a-t-il survécu si longtemps pendant des mois jusqu’à la Libération alors que tant d’autres n’ont eu qu’une durée de vie éphémère.

En ce qui concerne Jean-Louis Corbel, dont j’aurais voulu « salir » la mémoire, la question qui se pose est de savoir si c’est lui ou un autre qui a accompagné Joseph Masson dans son expédition commanditée par le Parti communiste français contre le maire de Glomel Jean-Louis Croizer le 22 mai 1944. Le juge qui instruisit le dossier de Joseph Masson relança par deux fois l’enquête pour identifier l’acolyte. Il ne parvint pas à conclure sur son identité, en particulier parce que les responsables de celui qui fut fugitivement chef du groupe Bara s’abstinrent de lui donner l’information. Aujourd’hui, deux de ces anciens résistants qu’elle connait bien peuvent toujours révéler à Françoise Morvan l’identité réelle du comparse. Toutefois, si ces résistants encouragent probablement Françoise Morvan dans sa croisade « à elle toute seule » contre les moulins à vent du nationalisme breton, on peut douter qu’ils estiment nécessaire de l’édifier sur certains dessous de la réalité résistante dont elle a pris la cause.

J’ai basé mes affirmations sur Jean-Louis Corbel à partir de divers témoignages, sans citer mes témoins, et je comprends que l’on puisse douter de mes dires, mais quel serait l’intérêt à long terme de se lancer dans une imposture ? Le temps passant et après la parution de Joli mois de mai 1944, les réticences à parler s’estompent. A la suite du post de Françoise Morvan, j’ai repris contact avec mes témoins. Le premier d’entre eux, celui chez qui Joseph Masson et Jean-Louis Corbel se sont invités en allant accomplir leur « mission » chez le maire de Glomel, n’est plus de ce monde. Mais sa famille est aujourd’hui dépositaire du témoignage de ces événements marquants.

Le deuxième témoin, celui dont Joseph Masson s’apprêtait à exécuter un parent proche, m’a d’abord confirmé son témoignage. L’occasion m’est au moins donnée de préciser que c’est Jean-Louis Corbel, qui a dissuadé Joseph Masson de passer à l’acte : « Tu ne vas quand même pas tuer … ? ». Jean-Louis Corbel aura donc au moins  épargné la vie d’un de ses compatriotes qu’il connaissait personnellement alors qu’il a assassiné le maire de Glomel en lui tirant le coup de feu selon le témoignage de Joseph Masson. Jean-Louis Corbel est aussi désigné par divers témoignages comme ayant participé avec de nouveau Joseph Masson à l’assassinat en bande organisée sous le contrôle du Parti communiste français des frères Yves et François Le Cann au Mezouët en Glomel le 11 mai 1944. Il a aussi été soupçonné dans l’assassinat des familles Le Du et Le Dantec en Mellionec. Passons sur les nombreuses attaques de fermes, vols, violences et menaces du groupe au printemps 1944.

Le deuxième témoin a écrit ses souvenirs à l’attention de sa descendance et ces souvenirs font désormais partie des archives familiales. J’ai posé à ce témoin la question de savoir s’il accepterait de rencontrer Françoise Morvan. Ma question a rencontré une certaine perplexité. La réputation de notre « historienne » étant assez bien établie dans son soviet cantonal, est-ce bien utile de lui faire part d’un témoignage qu’elle contestera ? Au cours de notre conversation, mon témoin m’a demandé pourquoi Françoise Morvan considère que Yves Corbel est un « malfrat » et que le « malheureux » Jean-Louis Corbel est un « résistant ». Il les aurait bien vus dans une seule et même catégorie. Pourriez-vous, Françoise*, avoir l’amabilité de répondre à la question de mon témoin ?

Le troisième témoin est celui qui a rencontré Jean-Louis Corbel entre le moment où celui-ci avait perpétré l’assassinat du maire de Glomel, avant de se faire arrêter lors de la rafle du 11 juillet à Saint-Nicolas-du-Pélem puis d’être achevé à Garzonval en Plougonver le 16 juillet 1944. Il m’a lui aussi confirmé son témoignage. Désolé, Françoise, mais ce troisième témoin, lui ne vous connait pas ! Il ne m’a pas parlé de Jean-Louis Corbel en termes très peu élogieux : « voyou… bandit… pauvre type… abruti complet… » et « paix à son âme ! » Mais vous êtes là Françoise et vous pourrez enfin nous expliquer ce en quoi ce « malheureux » Jean-Louis Corbel fut un résistant et quelle furent ses actions contre l’Occupant (vous n’ignorez bien évidemment pas que notre pays était occupé à ce moment).

Les témoignages de ces trois témoins sont cohérents et indépendants des questions de pseudonymes. En définitive, ces témoins ne m’appartiennent pas. J’ai bien réussi à les identifier et les solliciter et Françoise Morvan devrait pouvoir en faire autant. Elle peut si besoin solliciter ses accointances résistantes pour ce faire. Son oncle René Morvan, qui m’a personnellement accueilli à Rostrenen lors de la signature de mon livre le 5 octobre 2013 (je me réjouis qu’il ait pu à cette occasion revoir Georges Ollitrault… ) ne pourrait-il lui venir en aide ?

Tito

Le maquis Tito en position. Ne pas confondre avec les groupes Bara ou de Foucault. Des maquis résistants ont effectivement agi contre l’occupant allemand et non pas contre leurs compatriotes (photographie Georges Ollitrault – photo prise au moment des événements, il ne s’agit pas d’une reconstitution)

Les bons Juifs et les bons Résistants

Selon Françoise Morvan, pour mieux « salir la Résistance », j’épargnerais aussi un résistant, Georges Ollitrault, comme « tout antisémite [qui] a dans ses relations un bon juif qu’il aime ». Je commencerai par un ancien résistant que je connais particulièrement bien, Marcel Mervin. Au cours de mes enquêtes, j’ai eu le plaisir de découvrir qu’il était en bons termes et même apprécié des descendants d’une famille de Silfiac mortellement éprouvée par la Résistance communiste. Après des décennies d’adhésion à des associations résistantes, il a fini par rompre définitivement avec elles, lassé par les vanités et les fanfaronnades. Il s’était engagé pour libérer son pays, non pas pour donner l’occasion à des factieux d’occuper le terrain à la Libération et de perpétuer une guerre civile larvée dans laquelle il ne se reconnaissait pas.

J’ai posé un jour à Georges Ollitrault la question de savoir s’il y a en Bretagne un résistant au parcours aussi exceptionnel que le sien. Il m’a répondu « oui, certainement ». Reste à savoir qui et pour le moment la question reste sans réponse. Ce parcours s’explique en partie par de la chance, mais surtout par de remarquables formes physique et capacité psychologique à comprendre l’adversaire. L’adversaire plutôt que l’ennemi, car Georges Ollitrault n’est pas motivé par la haine de l’autre. L’adversaire d’aujourd’hui est l’allié de demain est le but de la guerre n’est pas de l’anéantir. Quitte à chercher à le comprendre encore en le rencontrant 70 ans après les événements et à serrer la main d’un Perrot. Aujourd’hui Georges Ollitrault jouit de sa liberté retrouvée et entraîne chaque semaine ses chevaux sur l’hippodrome de Loudéac.

Prenons maintenant le cas d’un autre résistant, mentionné par Françoise Morvan dans Miliciens et maquisards…, Ouest-France, 2010, p. 182 (citation d’un article de presse non identifié):

Un évadé. Pourtant, lors de l’attaque du convoi sur la route, un des prisonniers, M. Lemoine, s’était évadé. C’était un cultivateur. Il a les cheveux gris, mais parait solide comme le granit breton. Il était le plus âgé et fut le seul à tenter l’évasion. _ Quand les coups de feu éclatèrent et que les gardiens nous firent descendre du camion, je n’ai pas hésité et j’ai couru vers le bois d’où venaient les coups de feu. J’aimais mieux risquer la mort à cette place que sous le feu du peloton allemand.

Ce « M. Lemoine », Julien Lemoine, n’est autre que le père de Pierre Lemoine que Françoise Morvan alpague sans vergogne dans un autre de ses posts, encore plus difficile à décoder que celui qu’elle bien voulu me dédier. Quelques années après son évasion rondement menée, Julien Lemoine noua des relations amicales avec un des gardiens qui l’encadraient dans le camion, en l’occurrence un Bezen Perrot. En dépassant les griefs qu’il était fondé de lui faire, il a choisi résolument de ne pas laisser le passé obérer l’avenir.

Dans toute son action militante, Pierre Lemoine, lui aussi résistant comme son père et son frère, a poursuivi l’attitude d’intelligence du coeur et de la raison de Julien Lemoine, en continuant en particulier l’action européenne d’un autre résistant breton, Joseph Martray, fondateur de l’Union fédéraliste des communautés européennes (UFCE). Cette ONG œuvre pour le respect des individus et des minorités nationales et culturelles ainsi qu’en faveur de la paix en Europe. Pierre Lemoine en devint président en 1990 et, conscient des enjeux de l’Histoire, de la mémoire tout autant que des conditions de la paix et des fondements de la civilisation, il agit plus particulièrement pour l’ouverture à l’est de l’Union européenne. Là même où survinrent les prémices des deux Guerres mondiales, et où, après avoir été libérés du nazisme, les nouveaux Etats-membres subirent près d’un demi-siècle de communisme, jusqu’à la chute du Mur de Berlin en 1989. Je me suis personnellement rendu à un congrès de l’UFCE à Pecs en 2008 pour constater son action et son influence dans l’Union européenne.  Une remarquable réussite de la diplomatie bretonne.

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Tchéquie, Prague : monument aux victimes du régime communiste, œuvre du sculpteur Olbram Zoubek inauguré en 2002. Un monument aux victimes du communisme reste à élever en Bretagne (photo Yves Mervin).

Pour les familles qui ont subi pendant la guerre des privations ou des seuls dégâts matériels, et quand même la mort les a frôlées, la réconciliation ne pose pas de questions fondamentales, car les préjudices subis sont réparables. Les familles frappées par des deuils, doivent d’une part surmonter la perte d’un être cher et accepter de discuter de la justesse de la cause au nom de laquelle ces êtres chers ont disparu. En glorifiant les uns et en bannissant les autres, la mémoire officielle de la Résistance a interdit le deuil aux uns et autres. Et au-delà, elle interdit la réconciliation, qui n’est pas un oubli, mais l’acceptation du caractère définitif des événements et de la volonté de coexister de nouveau au sein d’une même société quels que puissent être les héritages personnels des uns et des autres.

Je me souviens des silhouettes fragiles d’une mère et d’une sœur lors des commémorations auxquelles je participais dans ma jeunesse : retrouvailles sur la place, discours du président de l’association résistante, du maire et du sous-préfet, Chant des partisans qui contrit les âmes, Marseillaise qui galvanise les esprits, vins d’honneur, libations, repas généreux dans la salle communale, pousse-café et re-pousse-café… J’arrête là l’évocation, car à ce moment la mère et la sœur aux silhouettes fragiles sont retournées chez elles depuis longtemps.

L’Allemagne offre aujourd’hui aux jeunes Bretons de réelles opportunités de carrière qu’ils ne trouvent pas en France. Qui a vraiment gagné la guerre ? Lorsque les jeunes Lorientais « allemands » – des STO ? – reviennent au pays, ils ramènent avec eux l’histoire d’une nation qui réalise un projet et se construit une histoire. La grand-tante de l’un d’entre eux a conservé pour dernière image de l’Allemagne celle d’un camion qui emmenait l’un de ses frères dont on retrouva le corps au fort de Penthièvre. Si l’avenir de son petit-neveu passe par l’Allemagne elle l’admet, mais avec amertume.

J’ai été exposé très jeune à la douleur de certaines familles. J’ai découvert tardivement celle des « autres » familles. Il est possible que le mal-être de Françoise Morvan tienne en partie à la disparition de son grand-oncle Joseph Bob Pennec, arrêté et décédé en déportation en mai 1945. Qui plus est, son père et son oncle campaient dans un maquis près de Sainte-Tréphine où furent raflés la plupart des victimes de Garzonval : elle pourrait avoir hérité ou développé un syndrome des survivants que je pourrais entretenir tout autant qu’elle. Il va tout d’abord de soi que si j’avais, comme l’avance Françoise Morvan la possibilité de réécrire l’histoire, Joseph Pennec, quels qu’aient été ses torts et ses mérites, ne serait pas mort en déportation. Plus généralement, je me serais bien passé de l’héritage indésirable de la Seconde Guerre mondiale et j’imagine que j’aurais alors d’autres sujets de conversation avec la petite nièce de Joseph Pennec.

Dans le « cas Françoise », je ne sais pas bien dire si les séquelles de la guerre se prolongent en traumatismes insurmontables, de génération en génération ou si, les grandes illusions collectives perdurant malgré les leçons de l’Histoire, le passé fournira éternellement des prétextes aux volontés d’en découdre d’aujourd’hui.

Yves Mervin

* Françoise Morvan me reproche de l’appeler par son seul prénom dans un de mes précédents posts. Elle y voit une marque de machisme qui l’offense. Je devrais effectivement ne pas déroger à la règle de nommer un personnage public par ses prénom et nom, sans ajouter un Monsieur ou Madame qui pourraient être condescendants. Mais je ne suis pas totalement convaincu de la sincérité de son indignation féministe. Je le serais si elle se départait de sa glaciale indifférence envers les nombreuses victimes féminines de la Résistance bretonne dont je décris le sort dans Joli mois de mai 1944 : Alice Le Guillou, Désirée Le Méné, Marianne Lincot, Joséphine Lincot, Marguerite Le Moal, Françoise Le Moal, Céline Maubré, Marie Maubré, Denise Le Nancq, Jeanne Coroller du Guerny, Odette Baubion, Lucie Le Moël, Alberte Le Mintier de la Motte-Basse, Marie Le Fur, Osmane Le Fur, Bernadette Guirriec, Gertrude Baumgarten, Marie Le Manac’h, Félicité Hello, Henriette Aymer de la Chevalerie, X épouse Le Luel, X. épouse Fontanaud, X Baucher…  Et tant d’autres dont le calvaire risque de sombrer dans un oubli définitif. Ces victimes n’éludent pas et ne sont pas à opposer à des victimes des Allemands et de Bretons comme Mireille Chrisostome, Odette Le Merrer…

L’ignorance et l’innocence

La propagande communiste menace les gens de rater le train de l’histoire, de rester désespérément en retard sur leur époque et de mener une vie inutile, de même que les nazis les menaçaient de vivre en désaccord avec les lois éternelles de la nature et de la vie, en détériorant leur sang d’irréparable et mystérieuse façon.

Hannah Arendt, Le Totalitarisme.

Vincent Jaglin jouait encore il y a peu à la guerre et au résistant. Il vénérait et vénère toujours sans doute Charles De Gaulle, Jean Moulin et Raymond Aubrac. Il vient de produire un documentaire, La découverte ou l’ignorance, sur ses tourments après avoir découvert que la légende qui fondait sa personnalité avait une face cachée. La plupart des individus découvrent au passage de l’enfance à l’adolescence, puis à l’âge adulte, que les fondamentaux de leur éducation reposent sur des bases parfois simplistes voire erronées qui les préparent plus ou moins à affronter la vie réelle et à devenir autonomes.

Je me souviens d’un professeur de français qui demanda à ses collégiens dont le père avait été résistant qu’ils se levassent. Nous fûmes deux à le faire, ce qui me surprit car je pensais alors que tous les Français s’étant insurgés contre l’Occupant, la classe entière aurait dû se lever. Ce n’est que plus tard que je soupçonnais de la malice dans la question de ce professeur dont je suspecte qu’il n’avait pas de sympathies résistantes exacerbées. En l’attente, je constatais que tous les Français n’avaient pas été résistants, et je fis, lors de la récréation, connaissance de celui qui s’était levé en même temps que moi, en l’occurrence le fils d’un excellent camarade de mon père au maquis puis en Allemagne.

C’est à peu près à la même époque, qu’une réflexion de mon père m’interpella : « Pour celui-là, c’était moins grave, c’était un Pétain ». Je ne me souviens pas qu’il ait jamais parlé d’un opposant en termes méprisants et discriminatoires. Il y avait plutôt du fatalisme désabusé, non du dénigrement dans sa remarque. Le maréchaliste bon teint en question, n’eut jamais l’occasion de devenir rétrospectivement gaulliste après la Libération : il fut fusillé quelques jours avant lors de représailles des Allemands à la suite d’une action du maquis de mon père. Mais je découvrais, ce n’étais pas une surprise mais seulement une précision, une petite étape dans la découverte de la complexité du monde, que non seulement les Français n’avaient pas été tous résistants, mais que certains s’étaient même opposés aux résistants.

J’ai fréquenté trop de résistants dans ma jeunesse pour avoir eu des héros résistants et je ne me souviens pas avoir joué au résistant. Je les ai appréhendés dans leur diversité. J’éprouve, selon le cas, de l’affection ou de la réserve à leur égard. Je ne me suis jamais illusionné sur leur capacité à s’accorder suffisamment avant de convenir d’une action. C’est tardivement que j’ai découvert la face cachée de la Résistance : très peu de combats, beaucoup trop de victimes. De la déception, sans que cela ébranle mes convictions profondes, et pas de surprises dans le passé familial.

Vincent Jaglin ne se pose pas la question de savoir pourquoi à la Libération Charles de Gaulle ordonna de geler le dossier de Jean Moulin, alors que les noms de tous ceux qui dénonçaient leurs camarades aux Allemands pour les éliminer étaient parfaitement connus. Ou si Lucie Aubrac a réellement mené une opération pour sauver son mari… Son mythe de la Résistance reste intact. Il a seulement découvert que le passé de sa famille était contradictoire avec ce mythe sur lequel il a construit sa personnalité.

Vincent Jaglin réalise alors sur le sujet un documentaire intimiste où il interviewe les membres de sa famille. Je ne suis pas friand de téléréalité mais l’exercice est bien mené et la spontanéité des dialogues illustre la transmission des souvenirs, l’échange des avis et l’évolution des idées dans un cadre familial, chacun étant confronté différemment au monde extérieur.

Non seulement Vincent Jaglin associe sa famille à la quête de son identité réelle, mais il suit aussi une thérapie de choc avec deux « spécialistes » de la question de la mémoire de la guerre : dans un harmonieux kan-ha-diskan*, Françoise Morvan et Kristian Hamon révèlent à l’ingénu l’abomination  que représente à leurs yeux le nationalisme breton.

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Élève appliqué, Vincent Jaglin écoute Françoise Morvan lui expliquer l’horreur nationaliste.

Les deux spécialistes – tous deux unilatéraux et de même latéralité – s’abstiennent de commenter le cas de l’arrière-grand-père, Vincent Hirgair, qui connait le destin suivant, d’après un document écrit par un abbé Mary, curé de Baud (qui faillit en même temps que son vicaire se retrouver prématurément devant Dieu le Père) :

Vincent [Hirgair] est emmené dans le camp, jugé par les parachutistes, condamné à mort, obligé de creuser sa fosse, faire sa prière s’il le veut. Il s’agenouille et dit : « je vous pardonne pour le mal que vous m’avez fait. » Joachim [Le] Nicol dit Ruiz me disait en me racontant tout cela : « Celui-là c’était un homme ! » C’est un Polonais déserteur de l’armée allemande qui est désigné pour l’exécuter. Il lui donne des coups de poignard dans le dos et comme il ne mourrait pas assez vite, il lui donne un coup dans le cœur puis lui tranche la gorge. Ils l’enterrent près de Gozh Kamor.

Pour mieux imaginer quelle a pu être cette scène, on trouve des égorgements très récents de chrétiens en vidéo sur internet : âmes sensibles s’abstenir ! Ou demander à Françoise Morvan qui a établi une comparaison avec les djihadistes dans le documentaire.

Il existe au moins une autre version de la disparition de Vincent Hirgair, tout aussi sanguinaire, mais où les FTP ne s’embarrassent pas d’un parachutiste qui traînerait dans les parages et participerait à un « tribunal » dont on n’est même par sûr de trouver trace dans des archives à Moscou. Il n’y a pas non plus d’étranger, Polonais ou Espagnol, à qui serait délégué le privilège, après l’abbé Emmanuel Rallier de Bieuzy-Lanvaux, d’éliminer un chrétien. Les deux spécialistes auraient pu expliquer à Vincent Jaglin que les nazis avaient remis au goût du jour, à l’instigation de Heinrich Himmler après l’attentat contre Adolf Hitler du 20 juillet 1944, une soit-disant ancienne coutume teutonne, la Sippenhaft. C’est-à-dire la culpabilité familiale et la responsabilité du clan en cas de défaillance de l’un de ses membres.

Ah oui, je suis encore en train de confondre le nazisme et le communisme. J’ai vraiment du mal à faire la différence. L’équivalent de la Sippenhaft chez les communistes, c’est la « parenté avec un ennemi du peuple ». C’est celà, Vincent Hirgair était en définitive « parent d’un ennemi du peuple ». En pardonnant à ses assassins** et en s’accrochant à ses vieilles superstitions, il avait suffisamment démontré qu’il n’était pas digne de participer à la Lutte finale. Et le glorieux FTP Joachim Le Nicol, ce progressiste et cet esthète, avait bien agi dans le sens de l’Histoire et de la philosophie des Lumières dont Françoise Morvan nous a rappelé l’importance.

Désormais, quand il retournera dans la cour de l’école jouer au résistant avec ses copains, Vincent Jaglin sait qu’il lui faudra emmener un couteau de cuisine bien aiguisé et non pas une mitraillette Sten. D’ailleurs, l’ancien de la Bezen Perrot, « Braz », le camarade de ses deux grands-oncles,  lui a dit que cet engin « tirait partout sauf dans la cible ». Et il n’est pas sûr que les résistants attaquaient souvent à la Sten, car « Braz » espérait déserter au moment d’une attaque qui n’est jamais venue. Les résistants n’ont pas attaqué ?

Lors du débat qui a suivi le documentaire, Christian Bougeard, Professeur d’histoire à l’Université de Bretagne Occidentale à Brest, a béni la prestation en qualifiant le travail non seulement de « mémoriel » mais aussi d’ « historique ». Christian Bougeard a repris un discours maintenant bien rôdé (nous y reviendrons) : les  Bretons représentaient 17 % des engagés volontaires de la France, bien plus que la région parisienne qui était dans les 5%. Les résistants bretons n’ont donc pas eu besoin des Parisiens pour renvoyer les Occupants dans leurs foyers !

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Fac-similé de la une du 15 mars 1944 du journal Ouest-Eclair, ancêtre d’Ouest-France,  après quatre ans d’occupation et quatre mois avant la libération.

En 2002, Christian Bougeard organise à l’Université de Bretagne occidentale (UBO) un colloque sur les identités régionales pendant la Seconde Guerre mondiale. Après cela, tout est dit, les débats ont eu lieu, ite missa est. Toutefois, une thèse du chercheur au Centre de recherches bretonnes et celtiques (CRBC) de l’UBO à Brest, Sébastien Carney, participant lui aussi au débat, apporterait quelques menus compléments. Enfin Jean-Michel Le Boulanger, du Conseil régional de Bretagne, qui n’a « jamais serré la main à la Bretagne » – aurait-il serré celle de la France ? – est le troisième et dernier participant au débat.

Au moment de la conclusion, alors que la paix régnait entre les Celtes rassemblés autour de la table, que l’unanimité tendait à l’apothéose, un désaccord est apparu entre Sébastien Carney – attention au « coup de Breizh », Françoise Morvan veille sur vous – et Jean-Michel Le Boulanger. D’abord le verbatim :

L’animateur, Yvon Clech : Est-ce que les Bretons d’aujourd’hui ont intégré cet héritage, est-ce qu’ils l’ont rejeté, est-ce que l’exercice du droit d’inventaire a bien eu lieu ?

Jean-Michel Le Boulanger : je crois qu’il y aurait une erreur à commettre, c’est d’imaginer que tous ceux qui ont aujourd’hui la Bretagne au cœur, qu’ils soient régionalistes, qu’ils soient autonomistes et qui développent dans le monde culturel et dans le monde politique un discours de la Bretagne seraient les héritiers de ces nationalistes qui auraient pactisé avec la barbarie***, c’est faux, totalement faux, je suis régionaliste et je me nourris bien davantage de tout ceux qui, Bretons qu’ils étaient, combattaient pour nos libertés et qui étaient du côté de la Résistance. On peut être militant breton tout en étant lié à cet héritage là qui est l’héritage de l’honneur.

Sébastien Carney : Eh bien je ne suis pas du tout d’accord, parce que le Gwen-ha-du, le bzh, les bagadoù, les écoles Diwan, ce ne sont pas les résistants de la Seconde Guerre mondiale qui les ont inventés. Donc il y a un héritage et regarder cet héritage en face ce n’est pas forcément revendiquer les idéologies [qui l’a créé]. Donc il faut être honnête et reconnaître, oui on est héritier de ce qui s’est passé dans les années 30 et 40 en grande partie.

Jean-Michel Le Boulanger : On est donc d’accord…

Là, j’ai besoin de plus d’explications. La repentance, la bienpensance et l’œcuménisme, tout cela n’est pas trivial.

L’héritage, plaisant ou déplaisant, sera assumé en l’état, il n’y a pas d’autre choix. En tenant compte des leçons du passé, l’avenir pourra être ardemment désiré.

Yves Mervin

* kan-ha-diskan : chant traditionnel breton où un chanteur reprend le couplet du premier et ainsi de suite sans jamais s’arrêter.

** Vincent Hirgair aurait donc eu le temps de se rendre compte de ce qui lui arrivait. Si ce pardon a eu lieu – quelqu’un remettrait-il en cause la parole de Joachim Le Nicol ? – sa famille aujourd’hui serait malvenue de ne pas pardonner elle aussi…

*** il pourra le confirmer ou l’infirmer, mais il ne fait pas allusion ici au cas de Vincent Hirgair. Peut-être que je confond encore nazisme et communisme…

Werner Best

Vient de paraître aux éditions Perrin « Portraits de nazis – Werner Best » par les traducteurs Eric Kerjean et Wiebke Hildebrandt [5]. Il s’agit d’une traduction des écrits de Werner Best qu’il a lui même intitulé « Portraits des dirigeants nationaux-socialistes ». Les auteurs agrémentent la traduction du texte de quelques notes de contexte utiles et de leurs opinions personnelles qui peuvent gagner en maturité.

Werner Best a été étudié par Henri Fréville [3] et l’ouvrage incontournable sur le personnage émane de l’historien allemand Herbert Ulrich [4]. Herbert Ulrich, qui dresse une description très « Sonderweg »* de la genèse du nazisme en Allemagne, est aussi très centré sur le personnage de Werner Best qui revêt ainsi une importance dans l’histoire qu’il n’a probablement pas eue.

Werner Best est un personnage intéressant pour la Bretagne, dans la mesure où il s’agit d’un nazi qui s’est authentiquement intéressé à notre pays. Qui plus est, ce nazi a atteint le quatrième rang dans la hiérarchie du 3éme Reich, avant Reinhard Heydrich, Heinrich Himmler et Adolf Hitler. Pas banal. Formellement, il y a un autre nazi qui s’est aussi intéressé à la Bretagne : l’universitaire Ludwig Mühlhausen. Nazi dans la mesure où il a adhéré au parti nazi, ce qui reste le principal critère pour qualifier quelqu’un de tel mais, en l’occurrence, ce qui n’a eu aucune conséquence significative, son rôle ayant été seulement culturel.

Ces deux personnages ne doivent pas occulter les nationalistes allemands antinazis avec lesquels des nationalistes bretons ont été plus intimes  : en particulier des officiers de la Wermacht , les « Bretonnen », dont Schenk von Stauffenberg, oncle de l’auteur de l’attentat contre Hitler du 20 juillet 1944, Gerhard von Tevenar, du service de renseignement de la Wehrmacht, l’Abwehr, et Friedrich Hielscher. Fondateur et animateur du Cercle de Hielscher, ce dernier put sauver quelques Juifs dont Thérèse Richter et, en lien avec la Bezen Perrot, le peintre Fritz Heinsheimer, hébergé fin 1943 en Bretagne par la famille d’Ange Péresse [7, 8]. Nous aurons sans doute l’occasion de revenir sur ces personnages ainsi que sur des nationalistes bretons engagés dans la Résistance à l’Allemagne.

Orphelin d’un père mort sur le front ouest, Werner Best est d’abord un produit de la Première Guerre mondiale, du Traité de Versailles et de l’Occupation française. Son propre domicile étant occupé par les Français, il développe un sentiment nationaliste et s’engage à restaurer l’Allemagne dans ses droits et sa puissance. Après avoir fréquenté les milieux nationalistes conservateurs, Werner Best entame une carrière au sein du parti nazi puis de l’appareil d’Etat nazi qui débute par son adhésion au parti en 1930, après les premiers succès électoraux, trois ans avant l’arrivée d’Adolf Hitler au pouvoir.

L’année suivante en 1931, l’affaire de Boxheim éclate : il s’agit de la divulgation de documents du parti nazi écrits par Werner Best et relatifs à la préparation d’un coup d’état dans le Land de Hesse. Cette affaire le fait remarquer et le propulse dans la hiérarchie du parti. Il est ensuite impliqué dans la nuit des longs couteaux et dans les préparatifs de l’Anschluss avec l’Autriche. Il organise le Reichssicherheitshauptamt (RSHA), l’Office central de sécurité du Reich, dont il peut être considéré comme l’organisateur administratif. Au sein de ce RSHA, il met en place les Einsatzgruppen (groupes de police spéciaux en arrière des troupes allemandes) lors de l’invasion de la Pologne dans le contexte du pacte germano-soviétique où les deux totalitarismes, nazi et communiste, font alliance contre les démocraties parlementaires.

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Séance de « travail » du RSHA. De gauche à Droite : Reinhard Heydrich, Heinrich Himmler, Hans Frank, Werner Best, Wolf von Helldorff, Max Daluege (Bundes Archiv, Bild 183-S21077).

L’action de Werner Best, sa personnalité et sa psychologie, peuvent plus particulièrement être appréhendés en trois circonstances et sur trois thèmes différents :

  • la question bretonne
  • la question des otages
  • la question juive

Nous y ajouterons la question des idéologies et des personnages qui les incarnent.

Die Bretonfrage (la question bretonne)

Werner Best éprouve à l’égard de la Bretagne et des Bretons un a-priori favorable qui naît lors de l’occupation de la Rhénanie après le Traité de Versailles. Il observe alors que l’attitude des Français est le plus souvent arrogante et dominatrice alors que celle des Bretons est respectueuse de la population allemande. Au tout début de l’Occupation, il rédige un document sur la situation géostratégique de la Bretagne : Die Bretagne als Eckpfeiler des deutschen Wacht am Atlantik (« La Bretagne comme pierre angulaire de la garde atlantique de l’Allemagne »). Henri Fréville présente ce document [3, 28], où Werner Best fait état de tendances séparatistes chez les Bretons et de leurs accointances avec les autres pays celtiques d’outre-manche, comme la synthèse la plus claire des sphères politico-militaires allemandes. Ce document traduit la pensée du seul Werner Best et Henri Fréville produit une Note sur la question bretonne » du général allemand Alfred Streccius bien plus représentative de ce que sera l’attitude des Allemands envers le mouvement breton.

Suite à la dissolution du Parti national breton en 1939, ses dirigeants historiques Olier Mordrel et Fransez Debeauvais se réfugient en Allemagne. Ils sont alors condamnés à mort le 7 mai 1940 par le tribunal militaire de Rennes. Après la mise en place de la Collaboration franco-allemande, le gouvernement français sous l’Occupation envisage fin 1940 d’arrêter ces ex-dirigeants et de rendre exécutoire la sentence, ce qui revient à les supprimer physiquement. Avertis d’une arrestation imminente, ils s’adressent à Werner Best, qui intervient auprès des autorités françaises pour les dissuader de poursuivre leurs intentions. Alors qu’ils ont failli en être les victimes définitives, ces nationalistes bretons sont néanmoins régulièrement présentés aujourd’hui comme des suppôts de la Collaboration franco-allemande.

L’intérêt de Werner Best pour la Bretagne aura des conséquences anecdotiques. Au nom de la bonne marche de la Collaboration franco-allemande, il approuve même fin 1941 un projet de découpage régional qui détache le département de Loire-Atlantique du territoire de la Bretagne historique. C’est ce même découpage que le gouvernement de Manuel Valls vient d’entériner de nouveau lors de la dernière réforme territoriale de 2014.

Die Geisel Frage (la question des otages)

Le 22 juin 1941, Adolf Hitler met fin par surprise au pacte germano-soviétique avec l’envahissement de l’Union soviétique lors de l’opération Barbarossa. Après 22 mois de complicité avec les Nazis, le Parti communiste français, devient alors « résistant ». Pour venir en aide au camarade Staline et ouvrir un front intérieur dans l’Europe occupée, il perpètre alors des attentats dont celui du colonel Karl Hotz le 20 octobre 1941 à Nantes, ami de Werner Best. Adolf Hitler ordonne alors, en représailles, l’exécution de prisonniers politiques. Tant le chef de l’administration militaire allemande, Otto von Stülpnagel, que son adjoint Werner Best tentent d’infléchir, sans succès, la position du Führer.

Sur cette question, la position personnelle de Werner Best est sans ambiguïté. Sa conviction s’est elle aussi forgée lors de l’Occupation française en Rhénanie : il observe alors que la brutale répression française de la Résistance allemande est contre-productive. Son attitude ne relève pas nécessairement d’un intérêt pour les personnes concernées mais surtout pour favoriser l’acceptation de la présence allemande par la population et son assentiment pour la Collaboration. Werner Best adoptera la même position plus tard au Danemark, sans beaucoup plus de succès à l’encontre des directives qu’il recevra.

Cette question des otages abonde dans le sens de sa défense lors de ses procès de 1946 et 1966. Il avancera qu’il était alors impossible, dans la machine nazie, de s’opposer aux ordres d’Adolf Hitler, sans risquer fatalement se retrouver « an der Wand », c’est-à-dire fusillé. Lorsqu’il adhéra au parti nazi, a-t-il alors été happé par une machine infernale dont il n’a pas eu d’autres choix que de l’accompagner dans sa course folle ?

Die Judenfrage (La question juive)

Sur ce sujet, les propres écrits de Werner Best constituent la première source pour analyser son antisémitisme [3]. Il ne parait pas douteux que pour Werner Best, le salut du peuple allemand nécessite la séparation des éléments juifs qui l’ont envahi, le dénaturent, l’empêchent d’exprimer toutes ses facultés et de réaliser pleinement son destin. Son antisémitisme de « raison » ne repose pas sur une haine particulière. L’éloignement parait envisageable, en encourageant les Juifs à rejoindre le mouvement sioniste jusqu’à l’aliyah. Le meurtre n’apparait pas comme une nécessité, mais en cas d’insuccès, est-il tabou ?

Les actes confortent-ils les écrits ? Werner Best se compromet lourdement dans la mise en place des Einsatzgruppen, unités de police opérant à l’arrière de la Wehrmacht lors de l’envahissement de la Pologne en 1939, lors de ce qui s’appellera l’opération Tannenberg. Les nazis détruisent l’élite polonaise et en particulier les Juifs. Ils créent les premiers ghettos et la Werhmacht commet ses premiers crimes de guerre avec la destruction de villes et de villages. Dans le même temps, les soviétiques s’acharnent eux aussi, pour d’autres motifs idéologiques, sur l’élite polonaise comme à Katyn où ils fusillent 15 000 officiers polonais.

Ses relations avec Reinhard Heydrich étant devenues exécrables, Werner Best démissionne du RSHA et c’est avec la Wehrmacht qu’il arrive à Paris, au Mililtärbefehlshaber (MBF), l’administration de l’armée allemande qui gère la convention d’armistice et l’occupation. Parmi quelques dizaines de fonctionnaires, il contrôle les décisions du gouvernement français et il encourage, sans avoir nullement besoin de les violenter, les autorités françaises à mettre en place les mesures anti-juives, comme le statut des Juifs et le port de l’étoile jaune. Herbert Ulrich décrit sur ces points un Werner Best qui serait un personnage central, le « régisseur allemand de la collaboration administrative en France » [4, p. 402], un deus ex-machina qui aurait à lui seul orchestré la dérive antisémite et la participation de la France dans la Shoah.

Or, en particulier grâce aux historiens Michaël R. Marrus et Robert O. Paxton [6], il est maintenant établi que le Statut des Juifs du 3 octobre 1940 a été publié en concurrence avec l’ordonnance allemande du 27 septembre et n’en est pas une traduction. Alors que l’ordonnance allemande établit la judéité sur la religion – un terme de Werner Best  ? – le statut des Juifs français parle de race juive : Article premier – Est regardé comme juif, pour l’application de la présente loi, toute personne issue de trois grands-parents de race juive ou de deux grands-parents de la même race, si son conjoint lui-même est juif. Les auteurs mettent bien en évidence le rôle de Werner Best dans l’internement de Juifs et le port de l’étoile jaune et, ce faisant, son rôle reste secondaire par rapport à celui de l’ambassadeur Otto Abbetz ou celui du représentant du RSHA à Paris, Theodor Dannecker. Surtout, les auteurs révèlent le rôle propre des responsables politiques et de l’administration française, qu’Herbert Ulrich évoque à peine.

Le Matin

Le Matin, journal parisien, quelques jours avant la publication du statut des Juifs – Après la défaite, l’Effondrement et l’Occupation, la société française et sa classe politique vont développer un antisémitisme violent tendant à rendre les Juifs responsables des événements. Un autre Sonderweg ?

Avant que son ancien supérieur Heinrich Heydrich arrive à Paris pour donner une nouvelle impulsion à la Collaboration des polices françaises et allemandes, Werner Best part pour le Danemark et n’est donc pas impliqué dans la mise en place de la rafle du Vel’ d’hiv le 16 juillet 1942 qui marque le début de la Solution finale en France

RH im Gross Paris

Reinhard Heydrich, reçu par en grandes pompes dans la Ville-Lumière du Pays des Droits de l’Homme par René Bousquet, responsable de la police et artisan de la rafle des Juifs au Vél’ D’Hiv, incidemment ami de François Mitterrand (voir l’archive).

Au Danemark, le juriste et policier Werner Best devient plénipotentiaire du Reich, pays occupé depuis 1940. Sa mission consiste à gérer l’occupation allemande de ce pays destiné à être associé au Reich allemand. Un an après son entrée en fonction, à l’été 1943, alors que la population danoise se rebiffe de plus en plus ouvertement, que des grèves paralysent le pays et compromettent l’appréciable contribution danoise à l’effort de guerre allemand, Werner Best, est urgé de mettre en œuvre la Solution finale au Danemark. Il prépare l’opération et envoie le 4 septembre 1943 un télégramme à Berlin indiquant que l’opération de déportation des Juifs est à mener maintenant ou jamais. Mais, dans le même temps, il s’en confie à son adjoint Franck Duckwitz qui avertit le 28 septembre 1943, le leader du parti social-démocrate Wilhelm Buhl et les anciens Premiers ministres Hans Hedtoft et Per Albin Hansson. Ces derniers relaient l’information à la communauté juive et organisent la fuite par voie maritime de 5919 Juifs danois en Suède. 472 personnes sont néanmoins capturées. Werner Best plaide alors pour qu’ils soient envoyées au camp de Theresienstadt réservé aux personnalités juives que le régime nazi n’envisage pas d’éliminer immédiatement. 48 n’en reviendront pas.

Herbert Ulrich avance qu’à ce moment, Werner Best, aurait à lui seul pris l’initiative de l’opération sans avoir été pressé de le faire et que Franck Duckwitz aurait révélé un secret déjà bien ébruité. Mais son interprétation des documents qu’il veut bien mettre à la disposition de ses lecteurs laisse perplexe et il est difficile de croire que Werner Best, à l’occasion d’une des nombreuses crises qui vont désormais marquer les relations entre les Allemands et les Danois, ait recherché l’épreuve de force alors qu’il a constamment agi, pour le plus grand bien du Troisième Reich, dans le sens du compromis et de l’apaisement des tensions.

Les traducteurs [5, p. 194] nous font part de leur interprétation de l’attitude du personnage à ce moment :

En octobre 1943, le RSHA a cherché à déporter les 6 000 à 7 000 Juifs danois. Werner Best le sait, mais il a encouragé cette politique. Manquant de forces de police pour procéder à l’arrestation des Juifs et pour ne pas porter atteinte à l’échec prévisible de cette opération, il a savamment orchestré la fuite de la date de l’action. Après guerre, il a présenté cette affaire sous un jour meilleur en se faisant le sauveur des Juifs danois.

Werner Best met en avant auprès de von Ribbentrop que les forces policières sont insuffisantes pour la réussite de l’arrestation-déportation des Juifs, ce qui peut s’interpréter autant comme une insuffisance à pallier qu’un argument pour renoncer ou au moins différer ce projet. Werner Best n’est pas personnellement chargé de l’opération d’arrestation et de déportation des Juifs danois mais c’est Rolf Günther, spécialement mandaté par Adolf Eichmann, qui en est chargé. Werner Best peut laisser courir les événements  : quelle qu’en soit l’issue, sa responsabilité ne sera pas engagée. Il reste difficile de cerner avec certitude certains points de la pensée d’un Werner Best en octobre 1943 au Danemark et on peut en sus se poser la question de ce qu’ont voulu exprimer les traducteurs-commentateurs.

En mettant Franck Duckwitz dans la confidence, ce qui n’est pas nécessaire et même contre-indiqué pour le « succès » de l’opération, Werner Best s’attend-t-il à ce que Franck Duckwitz relaye cette indiscrétion et va-t-il même jusqu’à lui suggérer d’organiser la fuite des Juifs danois comme reconstitué dans cette émission de la BBC :

Cette explication est plausible, elle n’est pas incompatible des événements connus, mais pourra-t-elle jamais être confirmée ? On peut émettre l’hypothèse que Werner Best a évolué d’une velléité de déporter un jour les Juifs danois à une volonté plus ou moins affirmée de les sauver, non pas par empathie ou commisération pour ces personnes mais parce que son action au Danemark aurait été définitivement vouée à l’échec en persévérant dans cette voie. Et la collaboration en bons termes avec les autorités danoises, autant qu’elle peut l’être à la fin 1943, avait à ses yeux bien plus d’importance que le sort de quelques milliers de Juifs danois. Hannah Arendt le présente comme suit [2, p. 1187] : Autant que nous le sachions, c’est le seul cas où les nazis rencontrèrent une résistance déclarée et il semble que ceux qui y furent exposés ont changé d’avis. Hannah Arendt avance aussi quant à l’ étrange Dr Best [2, p. 1187] :

Werner Best prétendit à Nuremberg qu’il avait joué un double jeu subtil, et que c’était grâce à lui que les responsables danois avaient été informés de l’arrestation éminente; on lui opposa des documents prouvant que c’était lui qui avait proposé l’opération danoise à Berlin, mais il expliqua que cela faisait partie du jeu. Il fut extradé au Danemark et là, condamné à mort, mais il fit appel, et les résultats furent surprenants ; du fait de nouvelles « preuves », la sentence fut commuée en cinq ans de prison, dont il fut libéré peu après. D’une manière satisfaisante pour la cour danoise, il a dû être capable de prouver qu’il avait fait de son mieux

Il est inopportun, et même malvenu de la part de Français ou d’Allemands, de remettre en cause le jugement danois qui a retenu que Werner Best n’a pas pris l’initiative de la déportation et a tenté de limiter ses conséquences. C’est bien au Royaume du Danemark, qui a porté assistance à ses citoyens juifs en danger, et non pas au Pays autoproclamé des Droits de l’Homme, qui a sciemment envoyé ses citoyens juifs vers les camps de la mort [4], que la Bretagne doit trouver sa référence résistante.

220px-Bundesarchiv_Bild_183-B22627,_Dr._Werner_BestDuckwitz-Georg-Ferdinand

Werner Brest – Franck Duckwitz

La question des idéologies

Le nazisme est-il un événement historique singulier qui ne ressemble à aucun autre, parce que certains de ses crimes contre l’Humanité sont commis au nom d’un racisme biologique ? Parce qu’une autre spécificité du nazisme serait de ne pas se fonder sur une revendication universelle ? Ces spécificités interdisent-elle de comparer le nazisme à d’autres grands événements de l’histoire ? Est-ce le crime en lui-même qui est abject et condamnable ou seulement le mobile ou encore le fondement idéologique du crime ? Un crime contre l’Humanité est-il acceptable et même louable s’il est perpétré au nom d’un « humanisme » à prétention universelle mais plus ou moins vernaculaire et plus ou moins éphémère ?

Werner Best répond partiellement, mais assez précisément, à ces questions dans ses portraits des dirigeants national-socialistes quand ils les compare à d’autres personnages historiques. Tout d’abord, à propos d’Heinrich Himmler [5, p. 184]:

Himmler était non seulement l’éducateur d’un ordre d’élite, mais aussi le chef de l’institution la plus complexe de l’état : la police. Dans cette fonction aussi, son trait de caractère dogmatique de « maître d’école » a eu une influence et des conséquences fatales et imprévisibles. Je ne trouve qu’un seul parallèle historique à ce dogmatisme de « maître d’école » ayant conduit à des actions destructrices : Robespierre. Je vais examiner et expliquer les rapports entre les deux. Bien qu’il fût juriste, Robespierre était lui aussi un « maître d’école » dogmatique. Lui aussi était un « romantique » qui voulait renouer avec les vertus de la République romaine. Lui aussi croyait en l’idéal pédagogique et ne tolérait aucune désobéissance à cet idéal. Lui aussi se faisait un devoir de supprimer tous les ennemis de son dogme et de ses principes . Lui non plus n’était pas un égoïste aspirant au pouvoir pour en tirer profit, ou un « sadique » qui torturait et tuait par cruauté. Il était simplement le « maître d’école » sévère, implacable et dogmatique de la Révolution française.

Dans son Essai sur la Révolution [1, p. 163], Hannah Arendt compare la Révolution américaine et la Révolution française, ou encore la Révolution de la Liberté qui a réussi à la Révolution de l’Egalité qui a échoué. Si, dans son Essai, Hannah Arendt n’élude pas les violences de la Révolution française, elle ne traite pas en soi du génocide vendéen, le premier génocide et Crime contre l’Humanité de l’Histoire moderne perpétré en partie sur le territoire de la Bretagne : un oubli ?. Sans établir de parallèle entre Heinrich Himmler et Maximilien Rosbespierre, elle dresse par touches successives un portrait qui n’est pas contradictoire avec celui de Werner Best de l’autre psychopathe Robespierre [qui] avait substitué un torrent de violence irrésistible et anonyme aux actions libres et réfléchies des hommes, tout en continuant à croire cependant que ce torrent pouvait être dirigé par la force de la vertu humaine.

Werner Best fait aussi allusion au continuateur de la Révolution française, Napoléon Bonaparte, à propos de la répression d’un mouvement de résistance pendant la guerre d’Espagne. Selon Werner Best [5, p. 195] :

Historiquement, elle [la répression] appartient probablement à Napoléon Ier, qui avait déclaré en Espagne: « Pour combattre les partisans, il faut opérer à la manière des partisans » (en français dans le texte).

Nous n’avons pu certifier ces propos, qui paraissent vraisemblables eu égard à la forme de guerre qui s’est développée après l’invasion de l’Espagne par les armées napoléoniennes, où l’atrocité des deux camps atteint des niveaux comparables à ceux de la Seconde Guerre mondiale. Sur cette question, le petit caporal devenu empereur aurait donc eu un émule en la personne de l’ancien caporal de l’armée allemande devenu Reichsführer.

Werner Best n’avait pas lu Hannah Arendt. Il n’en a pas eu besoin pour appréhender, peut-être encore mieux que la philosophe, l’universelle banalité du mal.

Yves Mervin

* : « Sonderweg » (« chemin particulier ») : théorie qui veut que le nazisme soit un phénomène typiquement allemand.

Bibliographie :

[1] Arendt Hannah, Essai sur la Révolution, Gallimard, Paris, traduit de l’anglais par Michel Chrestien (titre original : On the Revolution, Hannah Arendt 1963,

[2] Arendt Hannah, Les origines du totalitarisme – Eichmann à Jérusalem, Quarto Gallimard, Paris, 2002

[3] Fréville Henri, Archives secrètes de Bretagne 1940-44, Ouest-France,1985.

[4] Herbert Ulrich, Best – Biographische Studien über Radikalismus, Weltanschauung und Vernuft – 1903-1989, Dietz, 1996. Traduit de l’allemand en français par Dominique Viollet sous le titre Werner Best, Un nazi de l’ombre (1903-1989), Tallandier, 2010.

[5] Kerjean Eric – Hildebrandt Wiebke, Portraits de nazis – Werner Best, Perrin, 2015.

[6] Marrus Michaël R. , Paxton Robert O., Vichy et les Juifs, Calmann-Lévy, Paris, 1981.

[7] Mervin Yves, Arthur et David – Bretons et Juifs sous l’Occupation, Yoran Embanner, 2011.

[8] Schmidt Ina, Der Herr des Feuers, Friedrich Hielscher und sein Kreis zwischen Heidentum, neuem Nationalismus und Widerstand gegen den Nationalsozialismus, SH-Verlag, 2004

Les exactions de Jean Le Jeune

Le numéro 6 de février-mars 2015 de la revue Bretagne Histoire Magazine éditée par Le Télégramme, a pour thème principal La grande histoire de la Libération de la Bretagne. On y trouve un réchauffé de divers aspects habituels de ce thème inépuisable et un article consacré à Jean Le Jeune, ex-chef départemental des FTP (Francs-tireurs Partisans) des Côtes-du-Nord, aujourd’hui Côtes-d’Armor, sous le titre Résister.

Dans ce portrait, les auteurs Jean-Luc Germain et Simon Cohen tronquent le principal des faits. Ils n’oublient pas de préciser que Jean Le Jeune appartenait au Parti communiste. Jean Le Jeune y fera après la guerre une longue carrière sans en être jamais exclu. Les auteurs seraient avisés de préciser ce en quoi le communisme serait une antidote au nazisme.Bundesarchiv_Bild_101I-121-0011-20,_Polen,_deutsch-sowjetische_SiegesparadeAllemands et soviétiques fraternisent et s’échangent des cigarettes, sous le portrait de Staline, après la signature du pacte germano-soviétique et l’écrasement de la Pologne en 1939. Jean Le Jeune rendra un hommage dithyrambique à Staline lors de sa disparition en 1953.

Chacun peut fabriquer des héros comme il l’entend, évitons surtout d’oublier ou salir leurs victimes. Rappelons les principaux faits d’armes de Jean Le Jeune en tant que « Résistant » décrits dans Joli mois de mai 1944 : l’affaire de Gartulan, qui se solde le 21 février 1944 par le meurtre de Jean Hourmant et de Corentin Mahé. Jean Le Jeune finira par reconnaitre bien tardivement que les assassins appartenaient à son organisation.

JHCM

N’oublions pas non plus la jeune Charlotte Baubion, âgée de 12 ans, tuée dans la glorieuse attaque de Toul-dous en Plévin le 18 mai 1944 par des éléments du « Bataillon Guy Môquet » sous les ordres directs de Jean Le Jeune.

BC

Jean Le Jeune et son parti portent enfin une responsabilité directe dans l’assassinat du maire de Glomel, Jean Croizer, le 22 mai 1944, dont les exécutants Joseph Masson et Jean-Louis Corbel seront dûment reconnus comme des « résistants » du groupe Bara et rattachés, via Jean-Louis Henry dit David de Rostrenen, au « Bataillon Guy Môquet ».

A propos de Jean Croizer, quelques témoignages. De Madame Ropers, le 16 octobre 1947, scène dont elle a été le témoin :

En janvier ou février 1944, j’eus l’occasion de me rendre à Glomel afin de connaître la quantité de blé que devait livrer la commune pour son imposition. J’ai trouvé Monsieur Croizer, maire, en discussion avec des Allemands. Ceux-ci lui intimaient l’ordre de distribuer une quantité importante de sacs pour une livraison d’avoine dans un délai restreint … Monsieur Croizer leur répondit que ce qui lui était demandé était matériellement impossible et qu’il ne pouvait exécuter cet ordre. Devant cette réponse, l’Allemand se fâche, le traite de mauvais Français et menace de le fusiller. A cette menace, Monsieur Croizer lui a répondu par ces mots devant moi : fusillez-moi si vous le voulez, mais je ne peux pas faire ce que vous me demandez… La conversation devenant de plus en plus orageuse, je me retirais.

De Gouletquer, retraité de la gendarmerie, le 2 février 1948 :

En qualité de maréchal des logis chef de gendarmerie à Saint-Brieuc, j’ai été désigné, le 25 février 1944, pour commander un détachement de gendarmerie, mis aux ordres du commandant allemand à Saint-Brieuc. Aucune instruction, verbale ou écrite, ne m’avait été donnée. Au siège de la Feldkommandantur, le détachement a été réparti à raison d’un gendarme par autocar, dans un convoi automobile. Chaque autocar était occupé par un détachement de soldats allemands. Je me trouvais dans le premier véhicule, commandé par un sous-officier allemand, ayant sous ses ordres huit soldats, dont un Russe. Le convoi a pris la direction de Corlay et s’est dispersé dans cette localité. L’autocar que j’occupais s’est rendu à Glomel où, seulement, j’ai compris l’objet de cette mission, qui était le ramassage d’ouvriers pour le service du travail obligatoire. A la mairie de Glomel, se trouvait Monsieur Croizer, maire, qui fut invité par le sous-officier allemand à fournir la liste et à présenter les hommes qu’il avait reçu ordre de désigner. Le maire a donné une liste, mais n’a présenté aucun homme. Le sous-officier allemand s’est mis en colère et a enjoint au maire de l’accompagner au domicile des hommes désignés. Le maire a refusé. Invité à mon tour, j’ai refusé aussi. Le sous-officier allemand a prit la décision de faire une rafle dans le bourg de Glomel et, sous la menace des armes, a voulu contraindre le maire et moi-même à accompagner les Allemands au domicile des citoyens.

Le maire a refusé et a été arrêté immédiatement. Il a été emmené dans l’autocar, sous la surveillance de soldats russes. J’ai fait mine de suivre les Allemands et, dans la rue, je leur ai faussé compagnie. Je suis allé chez Madame Boudehen au bourg et j’ai pris mon repas de midi. Les Allemands ont fouillé les maisons sans trouver personne, la population avait été alertée à temps par le maire. Ils ont trouvé dans le bourg, Monsieur Cozic, garde champêtre et un homme de passage venant de Trégornon en Glomel, qu’ils ont placé dans le car avec Monsieur Croizer. Les Allemands m’ont retrouvé chez Madame Boudehen et m’ont conduit à l’autocar ou je me suis trouvé en position de prisonniers avec les trois autres Français. Par la suite, les Allemands n’ont plus demandé notre concours. Le convoi, réuni à Corlay, est rentré à Saint-Brieuc le soir. J’ai été relâché sous menace de punition. Par la suite, j’ai été mis en retrait par mesure disciplinaire par le gouvernement de Vichy. Le maire de Glomel a été relâché.

Lorsque j’ai appris que le maire de Glomel avait été tué par des hommes se disant résistants, j’ai été étonné, son attitude lors de la journée du 25 février 1944 ayant prouvé qu’il avait l’âme d’un Français. Je l’ai toujours considéré comme un homme d’un patriotisme éprouvé, pendant les sept ans que j’ai servi à Rostrenen de 1930 à 1937.

De Yves Pennou, étudiant, le 1er octobre 1947, qui certifie avoir reçu de Jean-Louis Croizer,  en avril 1944, une fausse carte d’identité :

Je puis certifier que ce maire n’a jamais fait pression sur les requis au service du travail obligatoire pour leur départ en Allemagne. Bien au contraire, les jeunes de la classe 1942 furent convoqués à la mairie par les autorités occupantes. Personne ne s’étant présenté, il a refusé d’accompagner les Allemands au domicile de ces jeunes, préférant la mort à une telle action, ce qui lui valut d’être ramassé par les autorités qui le conduisirent à Saint-Brieuc pour rendre compte de son geste.

Du colonel André Cazin d’Honincthun, le 25 janvier 1948 :

Je soussigné, colonel Cazin Honincthun André, officier de la Légion d’honneur pour faits de Résistance, croix de guerre 1914-18 et 1939-45, médaille de la Résistance, ex-coordinateur national du réseau de résistance P.T.T., déporté politique à Buchenwald-Dora (août 1944 – mai 1945), déclare sur l’honneur avoir pendant l’Occupation, obtenu de Croizer Jean-Louis, domicilié à Kerhod en Glomel, Côtes-du-Nord, maire de cette commune, une fausse carte d’identité ainsi que de nombreux tickets d’alimentation.

Croizer connaissait mon activité dans la Résistance ainsi que celle de mon neveu Duval Édouard, déporté politique à Neuengamme, disparu en avril 1945 et celle de mon beau-frère, le lieutenant-colonel Jonglez de Ligne, déporté politique à Buchenwald-Dora. Il [Jean Croizer] avait reçu de la Gestapo de Saint-Brieuc, l’ordre de signaler nos déplacements dans la région, mais n’en fit rien, malgré qu’il en aurait été tenu pour responsable [sic]. Jean-Louis Croizer, que je connaissais depuis mon enfance, a toujours été un honnête homme et un bon Français hautement considéré par tous ceux qui l’ont approché.

Sa mort relève de l’assassinat pur et simple.

Croizer Jean-LouisJean-Louis Croizer

Assassinat pur et simple à caractère purement politique. Quelques crimes parmi d’autres ainsi que des attaques de fermes, des rapines, des viols, des menaces… Et quelle contribution à La grande histoire de la Libération de la Bretagne ? Les auteurs de l’article se sont abstenus de poser la question et ne vous fourniront pas la réponse.

En même temps qu’environ trois millions et demi de Bretons, Jean Le Jeune a été libéré début août 1944 par ses ennemis intimes, non pas les nazis, mais les capitalistes américains et leur US Army.

La guerre fait encore des ravages aujourd’hui en Bretagne…

 …elle se poursuit sur l’ « encyclopédie » Wikipédia à laquelle un internaute peut difficilement échapper lors de recherches sur le net. L’idée est généreuse : chacun contribue et utilise un savoir mis en commun, le savoir est mis à jour, amélioré instantanément si besoin par les relecteurs. En apparence, Wikipédia est gratuite mais c’est aussi une société américaine qui brasse annuellement des millions de dollars grâce au financement de nombreux donateurs. La technologie internet a permis à Wikipédia d’occuper en premier une place qui ne sera pas reprise de sitôt.

Mais cette approche présente différents points faibles, en particulier l’anonymat des contributeurs. Wikipédia a choisi de faire de cet anonymat un principe fondateur, ce qui aurait pu être évité : qui peut citer Wikipédia comme une de ses sources d’informations sans craindre la risée ? Nous allons illustrer la question avec l’exemple du contributeur anonyme de Wikipédia que nous nommerons 81.53.13.21, selon l’adresse IP (Internet Protocol) que lui à prêté son fournisseur d’accès à internet (FAI) lors de sa connexion du 2 février 2013 dans l’après-midi de 15 heures à 17 heures environ :

ut

Connexion au site Wikipédia du contributeur 81.53.13.21

Mais qui est donc 81.53.13.21. ? Au travers des articles accédés sur Wikipédia, ce contributeur anonyme démontre un intérêt pour la matière de Bretagne, et en particulier pour la période de la Seconde Guerre mondiale dans notre pays. Dans l’article consacré à Roparz Hemon, la phrase :

Il y travaille sous l’autorité et le contrôle idéologique des Allemands et anime les premières émissions en breton à la radio, ce qui n’avait pas été possible précédemment du fait de la politique linguistique française

devient, sous son clavier :

Il y travaille sous l’autorité et le contrôle idéologique des Allemands et anime des émissions en breton à la radio. Ces émissions, émises [pléonasme !] de Rennes n’ont jamais été captées en Basse-Bretagne, et n’ont donc jamais touché d’auditeurs susceptibles de les écouter. En tout état de cause le breton artificiel et souvent fautif de Roparz Hémon ne pouvait pas être compris de ceux ayant le breton comme langue maternelle.

Contrôle idéologique des Allemands (pas des nazis tant qu’à faire ?)… breton artificielsouvent fautif… une telle présentation du génie de la littérature bretonne permet de circonscrire les hypothèses à un club assez restreint mais proactif d’auteurs connus : Françoise Morvan, Ronan Calvez, Pierrick Le Guennec, Nelly Blanchard, Christian Bougeard, Claude Toczé, Georges Cadiou… qui diffusent ouvertement une doctrine très typée, ainsi qu’à quelques aficionados moins connus mais eux aussi actifs et inspirés par les premiers. Quelques dizaines de personnes ?

RH2

L’article consacré à Roparz Hemon avant (à droite) et après (à gauche).

Ce serait dommage de s’arrêter en si bon chemin, et hop, un petit tour sur l’article consacré à la Bezen Perrot : le terme formation est bien trop complaisant, remplaçons-le à chaque occurrence par milice, ce terme a une connotation plus facho que formation qui est trop neutre… Ah, çà fait du bien ! Et Perrot ? Eh oui ce bon abbé Perrot, Bleun Brug et Feiz ha Breiz ? Quoi ? Un prêtre engagé dans la vie culturelle assassiné par la Résistance ? Scandaleux ! Rectifions, un collabo, allez, un collaborateur, c’est plus « scientifique » … exécuté par la Résistance. La Résistance n’assassine pas, elle exécute, pour la bonne cause, après jugement, et même le jugement du peuple, et je suis du peuple, et le peuple, c’est moi. La Résistance exécute même à contre-coeur, si, si, à contre-coeur, et pour le bien de l’Humanité. On peut quand même bien sacrifier quelques vies pour le bien de l’Humanité  ?

BP1

L’article consacré à la Bezen Perrot avant (à droite) et après (à gauche).

Ah, çà défoule ! Et çà confirme le microcosme des post-traumatisés de la Seconde Guerre mondiale, 70 ans après les événements, mais sans le préciser davantage. Les deux modifications qui suivent permettent de profiler plus finement le contributeur 81.53.13.21. Ces modifications sont consacrées aux fragments de Bignan (vous en avez déjà entendu parler ?), deux fragments de poèmes en breton du haut-moyen-âge publiés par Joseph Loth dans la Revue celtique en 1887… quelques spécialistes !

Si l’anonymat permet au contributeur de se défouler, la manière dont il se défoule dévoile ses centres d’intérêt, les idées qu’il professe et le vocabulaire qu’il utilise de préférence, ce qui constitue non pas une signature mais une caractérisation de l’individu. Ajoutons que Wikipédia a l’amabilité de mettre à disposition des internautes un utilitaire permettant d’en savoir un peu plus sur ce mystérieux contributeur (ou contributrice) 81.53.13.21. 

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Quelques indices complémentaires avec Whois

Le FAI est France Telecom et la connexion s’est faite aux environs de Rennes… Il y a au moins, et pour cause, un profil psychologique qui répond à tous les critères examinés mais dans ce cas précis, y-en-a-t’il plus qu’un ?

On ne peut guère aller bien plus loin dans l’identification du courageux internaute anonyme qui manifeste ses troubles psychologiques en « améliorant » le contenu de l’encyclopédie universelle Wikipédia. De tels individus, décrédibilisent à eux seuls l’encyclopédie en ligne, au détriment des donateurs et des contributeurs qui participent dans l’esprit déclaré de Wikipédia.

A signaler toutefois, que Françoise Morvan, qui m’épingle dans un nouveau post sur son blog, a la capacité que n’a pas votre serviteur, d’identifier les visiteurs qui parcourent son site. Et elle avance en effet que je visite quotidiennement son blog ! Comment peut-elle savoir ? Et pourquoi avance-t-elle une telle assertion dont je suis le seul bien placé à savoir si elle est exacte ou non ? Parce que Françoise Morvan est douée d’intuition, dont elle n’hésite pas à nous faire part et elle nous concocte ses écrits « historiques » selon un mélange de faits exacts avec ses « intuitions » jusqu’à produire un récit très personnel et des contre-sens flagrants sur l’interprétation des faits (comme l’idée de rattacher le maquis Bara au maquis Tito).

In fine, est-ce que je me rends quotidiennement sur le site de Françoise Morvan ? Mais oui, Françoise, j’y vais tous les jours, et même dix fois par jour, et je me lève même la nuit pour y aller, en tremblant de peur à l’idée que vous ayez encore parlé de moi…

Et merci au lecteur qui m’a transmis la matière de cet article.

Yves Mervin

Addendum : dans le dernier post de Françoise susmentionné, Françoise avance que « Frédo » serait Yves Corbel… Être originaire de Rostrenen et ne pas savoir qui est Frédo, c’est surprenant ! L’intuition n’a pas bien marché encore une fois. Comme pour tous les pseudonymes, même s’il y a pour Frédo plusieurs hypothèses, dont celle d’Yves Corbel, la seule à retenir est celle de Pierre Le Balpe dont le nom a été donné à une rue de Rostrenen…

Un malfrat ?

Quelques balles bien plombées…

A l’occasion de la commémoration des exécutions sommaires de Garzonval, la journaliste Charlotte Perry de France Inter a bien voulu s’intéresser dans l’émission « comme un bruit qui court » du 20 septembre 2014 à Joli mois de mai 1944. Un livre qui continue ostensiblement a déranger certaines associations résistantes habituées a réciter le chapelet d’une histoire idéalisée selon les canons communistes, histoire dans laquelle en particulier le pacte germano-soviétique n’a jamais existé. Nous pourrions passer un temps prohibitivement long à rectifier les inexactitudes, les erreurs d’interprétation, les désinformations dites dans cette émission. Et surtout à aborder les sujets que ces associations aimeraient qu’on évite. Nous nous contenterons de quelques remarques sur quelques aspects originaux.

Nous féliciterons tout d’abord Charlotte Perry de s’intéresser à la langue bretonne au point de pouvoir traduire la guerse de François Le Gall, Maleuriou ar vro. Mais avant de vous investir dans l’apprentissage de la langue bretonne, ne pourriez-vous, Charlotte, réviser votre français ? Vous retenez de mon livre que j’aurais affirmé que « tous les résistants étaient des assassins ». Non, Charlotte, j’ai démontré, pas affirmé, que des résistants et non pas les résistants ont assassiné. En français aussi et pas seulement en breton, l’article défini et l’article indéfini ont un sens différent.

Croizer Jean-LouisJean-Louis Croizer, dit « Croizer bras », maire de Glomel, assassiné le 22 mai 1944 par le Parti communiste français sous prétexte de « résistance » à son ancien complice nazi dans le cadre du pacte germano-soviétique qui déclencha la Seconde Guerre mondiale (collection particulière / Droits réservés)


Vous savez bien que j’ai coopéré pour Joli mois de mai 1944 avec des résistants qui sont loin d’être des assassins et qui ont même protégé leurs compatriotes de l’action d’autres résistants. Je pense plus particulièrement au résistant qui a écrit les trente premières pages de Joli mois de mai 1944, tout autant FTP (franc-tireur partisan) que ceux que vous avez rencontrés à Garzonval. Cet ancien résistant fut menacé à plusieurs reprises de représailles définitives par quelques-uns de ses anciens camarades, parfois par des appels téléphoniques anonymes en pleine nuit. Ce qui ne l’a bien évidemment pas dissuadé de persévérer. Mais voila, j’ai poursuivi son travail, Joli mois de mai 1944 est paru et je lui témoigne ici mon respect et ma reconnaissance.

En sus de la grammaire, soyons aussi attentifs au vocabulaire, Charlotte. Selon vous mon livre « salit la mémoire des sept martyrs de Garzonval ». Est-ce qu’on salit quand on présente des faits avérés et irréfutables ou est-ce qu’on blanchit quand on les occulte ? Vous pouvez affirmer que je n’ai pas blanchi.

Prenons l’exemple de Jean-Louis Corbel, un des « martyrs » de Garzonval, dont je décris dans Joli mois de mai 1944 sa participation dans l’assassinat le 22 mai 1944 du maire de Glomel Jean Croizer dit Croizer Bras. Mensonges ? Brigitte Jacob peut elle-même aller consulter le dossier de la procédure du complice de Jean-Louis Corbel, Joseph Masson, au Dépôt central d’archives de la justice militaire (54, rue de la Guignière – BP 214 – 36300 Le Blanc – Téléphone : + 33 2 54 37 48 55). Je suis le premier à avoir consulté ce dossier et l’autorisation d’accès lui sera vraisemblablement accordée autant qu’à moi-même. De plus, un témoignage obtenu après la parution de Joli mois de mai 1944 corrobore les éléments trouvés dans ce dossier : il indique que Masson et Corbel se sont invités dans une ferme des environs de Glomel, se sont fait servir à manger et ont, tout de go, en exhibant leurs armes, déclaré le but de leur mission à leurs hôtes obligés.

Et un autre nouveau témoignage indique que Jean Croizer n’était pas la seule victime potentielle des deux comparses. Mais fort heureusement cette autre mission n’a pas été menée à bien. La fin de Jean-Louis Corbel à Garzonval est bien évidemment regrettable, même pour un assassin, mais il faut apprécier globalement son parcours et ne surtout pas oublier, au titre du devoir de mémoire, le rôle de l’organisation politique qui a armé cet individu et lui a donné des ordres d’exécution oraux. Dans la mesure où Jean-Louis Corbel n’a jamais inquiété le moindre Allemand, et ne s’en est jamais pris qu’à ses compatriotes bretons, il est abusif de lui reconnaitre la qualité de résistant et même celle de « martyr’, qui suppose qu’on s’engage en acceptant le risque suprême dans une cause juste.

70 ans après les événements, la mémoire interdite commence à se libérer et les archives commencent à s’ouvrir. Le dégel de la mémoire est en marche et les émissions de France Inter ne pourront enrayer ce phénomène.


Il a bien existé une criminalité résistante ou une Résistance criminelle. Les témoins interviewés par la journaliste de France Inter se sont indignés de ce que j’en fasse état, mais, en exprimant le regret que je ne me sois retrouvé avec quelques balles bien plombées qui [m]’auraient empêche de nuire par la suite…, l’un d’entre eux a on ne peut mieux mis en évidence les pulsions criminelles et l’instinct meurtrier de cette criminalité résistante. Mais pourquoi n’est-il donc pas passé à l’acte avant la parution de Joli mois de mai 1944 ? Parce que ce guerrier redoutable n’a rien vu venir. Et pourquoi ne passera-t-il pas à l’acte après la parution de Joli mois de mai 1944 ? Parce que ce fanfaron aimerait que quelqu’un d’autre que lui le fasse, ce qui l’en dispenserait alors. Mais ce ne sont pas ses camarades de commémoration, aussi téméraires que lui, qui vont se dévouer à sa place. Pour être moi-même fils de résistant, je sais assez bien repérer le profil de résistant qui a surtout entamé une carrière de porte-drapeaux après la Libération.

Non seulement le fier-à-bras n’a pas anticipé la sortie de Joli mois de mai 1944, mais anticipe-t-il la sortie de mon prochain livre sur la même période de notre histoire en Bretagne ? J’en doute fort. Et pourtant, en réutilisant le vocabulaire de ce matamore, ce prochain livre va « nuire » encore plus que Joli mois de mai 1944. Beaucoup reste à dire sur le sujet et je reviendrai en particulier sur les événements de Garzonval.

N’hésitez pas, Charlotte, à avertir cet individu que vous n’avez pas nommé dans votre émission. Vous pourrez alors constater ce en quoi consiste la réalité de ses menaces. Ne craignez donc pas, Charlotte, que je termine dans un fossé… Comme partout ailleurs en Bretagne, J’irai à Garzonval quand bon me semblera.

Yves Mervin

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La Pie en Paule, 29 juillet 2010, commémoration de la « bataille » du 29 juillet 1944 à La Pie en Paule (Photo Yves Mervin). Charlotte reconnaitra sur la photo certains de ses témoins de Garzonval ainsi que… Françoise et André. L’intérêt de participer à cette commémoration ne tenait pas aux litanies et au discours hermétique de l’ANACR mais à l’opportunité d’approcher et de jauger l’individu qui transmit à Masson et à Corbel l’ordre du Parti communiste d’assassiner le maire de Glomel, Jean Croizer.