Nouvelles attaques contre la Raison

Françoise Morvan a récemment publié sur son blog le témoignage d’un ancien résistant selon lequel l’assassinat du garde-forestier Auguste Bocher, le 9 avril 1944 à Saint-Servais, se justifie parce que l’occupant allemand voulait installer un observatoire sur le domaine dont ce dernier avait la garde. A partir de cette affirmation, que nul n’est tenu de reprendre à son compte, elle explicite l’idée selon laquelle un observatoire tenu par les Allemands et situé à Kerbernès aurait empêché la création de la base parachutiste Samwest dans le bois de Duault lors du débarquement. Françoise Morvan écrit bien :

perle de l esprit

Françoise Morvan apporte très imprudemment sa touche personnelle aux versions résistantes qui n’explicitent pas un tel lien. Nous avons ici une perle du raisonnement… à encadrer.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Allemands ont utilisés en Bretagne des observatoires principalement destinés à détecter les raids alliés sur la Bretagne, en particulier vers les bases sous-marines de fin 1942 à début 1944 (lire à ce sujet, Roger Huguen, La Bretagne dans la bataille de l’Atlantique). Les Allemands ont aussi installé des stations radars à cette fin. Leur but était d’alerter aussi tôt que possible les bases sous-marines pour préparer la DCA (défense contre avions), déclencher des fumigènes pour perturber le largage des bombes… De tels observatoires ont été installés à Silfiac, avec une belle vue sur Brest, au Mont-Noir en Plévin, au moulin de la Grée en Plumelec…

Accessoirement, les Allemands ont aussi utilisés des observatoires destines à détecter des mouvements de troupes terrestres ou d’individus : ce sont souvent des clochers qui ont été utilisé à cette fin, car ils sont immédiatement disponibles. L’hypothèse d’un tel observatoire à Kerbernez en Saint-Servais sera exclue d’emblée, car l’objectif de l’occupant n’était manifestement pas d’observer la nature .

Si les Allemands avaient  souhaité créer un autre observatoire pour la surveillance aérienne dans la région de Duault, de façon à détecter les raids aériens alliés  allant attaquer leurs bases sous-marines, en sus de ceux qu’ils avaient déjà installés, auraient-ils choisi Kerbernez ? ou le point haut le plus proche, distant de 600 m du village et culminant à 292 mètres au-dessus du niveau de la mer, parmi d’autres points culminants à proximité, plus élevés que celui de Kerbernez et qui s’obstruent les uns les autres : à 293 m près de Milin ar Foll, à 301 m vers Kernavalen en Maël-Pestivien, à 308 m vers Stanqué… ?

Certainement pas.  Les Allemands auraient retenu sur la commune de Saint-Servais, un lieu qui se prête depuis la nuit des temps à l’observation des environs.  Ce lieu a été inventé par les Celtes, repris par les Romains, les Bretons et par… l’armée française pendant la drôle de guerre. L’objectif était alors de détecter d’éventuelles opérations aériennes allemandes à l’arrière des lignes. L’endroit fut occupé par une demi-douzaine de rappelés des environs commandés par un sergent, qui, fautes de consignes, rentrèrent chez eux au moment de la débâcle. Le lieu en question est le mont Saint-Michel à environ 1 kilomètre au nord du bourg de Saint-Servais, qui culmine à 272 m, moins haut que les lieux cités précédemment mais avec un horizon et une portée plus favorables.

Et au mont Saint-Michel, pas d’Auguste Bocher ! On pourrait en rester là mais prenons néanmoins pour hypothèse la théorie de Françoise Morvan quant à un observatoire qui aurait eu pour finalité d’empêcher la création d’une base parachutiste alliée dans le bois de Duault au moment du Débarquement.

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Les deux bases parachutistes de Samwest et Dingson du 6 juin 1944


Examinons tout d’abord le cas de l’autre base parachutiste, la base Dingson, qui deviendra le camp de Saint-Marcel. Le hasard a fait que cette base se trouve à proximité du  site du moulin de La Grée, à 166 mètres d’altitude, avec une vue imprenable sur la vallée de la Claie, où les Allemands ont justement installé un observatoire. L’histoire en est désormais écrite précisément dans un livre de François Souquet qui vient de paraître : Émile Bouétard, Caporal dans les Free French Paratroops.

Une erreur de largage du stick (grappe de quelques parachutistes) de Pierre Marienne le fait atterrir, dans la nuit du débarquement, à environ un kilomètre du moulin plutôt qu’à Saint-Ugat comme prévu. Les occupants allemands du moulin observent le passage de l’avion à courte distance : ils sont d’abord vraisemblablement alertés par son bruit puis l’observent visuellement dans le ciel au clair de lune, même s’il vole à basse altitude, à quelques centaines de mètres au-dessus du sol (Le parachutiste SAS Jean Paulin indique dans La rage au coeur, Marabout, 1958, p. 80 : nous volons en rase-motte et les cimes des arbres défilent à une vitesse vertigineuse). Il est aussi vraisemblable que les guetteurs allemands ont observé le largage des parachutistes et estimé le lieu de leur atterrissage, en direction plutôt qu’en distance. Les Allemands se mettent alors à leur poursuite et les retrouvent, car les SAS ont mis du temps à se regrouper et surtout à chercher une mallette. Émile Bouétard est tué et trois de ses camarades sont faits prisonniers.

Toujours selon François Souquet, op. cit., p. 89, Joseph Jégo, situé près de Saint-Aubin à 5,5 kilomètres du lieux de largage, sur une proéminence à une altitude identique de celle de Haliguen, sans vue directe sur le lieu du fait de la crête des landes de Lanvaux, aperçoit l’avion et le voit larguer quelque chose qu’il n’arrive pas à distinguer.  Si des Allemands s’étaient trouvés là où se trouvait Joseph Jégo, ils auraient au mieux détecté un parachutage, estimé grossièrement sa position, mais n’auraient pas eu la possibilité de retrouver les parachutistes, surtout s’ils n’avaient pas perdu de temps à rejoindre leur lieux de rendez-vous. Même en étant motorisés alors que les occupants de l’observatoire ont apparemment recherché le stick de Pierre Marienne à pied.

Pour autant, quand bien même le premier stick de la base Dingson a cumulé les malchances, la base Dingson Saint-Marcel a bien été créée, même avec un observatoire allemand à proximité. Cinq parachutistes de ce premier stick, dont Pierre Marienne, échappent à l’arrestation et le deuxième stick de la base Dingson largué à la Lande-de-la-Forêt s’évanouit dans la nature.

C’est fortuitement, sans lien avec les mésaventures du premier stick, sans aucun besoin d’un observatoire, que les Allemands découvriront au petit matin du 18 juin, 13 jours plus tard, la base Dingson-Saint-Marcel alors qu’ils investiguent sur un parachutage la veille à la gare du Roc-Saint-André.

Revenons à la base Samwest pour y transposer les enseignements de la base Dingson. Si les Allemands avaient installé un observatoire à Kerbernès pour intercepter les parachutistes allant « prendre » la base Samwest dans la nuit du 5 au 6 juin 1944… ils auraient eu une petite chance de détecter un raid aérien et même, à quelques kilomètres, un largage de quelque chose… sans avoir le temps d’aller rattraper des parachutistes sur place.

Mais s’ils savaient que le largage allaient avoir lieu à l’extrémité sud du bois de Duault, pourquoi aller installer un observatoire à Kerbernès ? et non pas dans un endroit plus proche et plus propice pour mieux observer ? Et pourquoi pas seulement prépositionner quelques forces mobiles pour aller directement sur le site du parachutage, comme ils faisaient lorsqu’ils obtenaient, par renseignement, l’information sur un parachutage d’armes ?

Selon la théorie de Françoise Morvan, il eut fallu que, dès avril 1944, les Allemands aient été informés ou aient deviné que des parachutistes alliés allaient être largués un mois et demi plus tard à Duault. Or les Allemands, pas plus que la Résistance bretonne, n’étaient informés de la création de bases parachutistes et les Alliés se sont surtout gardés d’informer les Allemands via la Résistance bretonne qui n’aurait pas su tenir un secret ! Charles De Gaulle lui-même n’a été informé du débarquement que la veille du jour J.

De surcroît, les Allemands n’imaginaient pas que les Alliés mettent en place des bases parachutistes. Après l’invasion de la Crète en 1941, les Allemands retiendront que, même si l’opération a été victorieuse, elle a aussi été couteuse en vies humaines. Ils n’imaginaient pas que les Alliés puissent mettre en œuvre une opération comparable, même en accompagnement du débarquement. Ils n’allaient donc pas mettre en place un observatoire pour observer un événement qu’ils n’attendaient pas.

Après les destructions des bases Samwest-Duault le 12 juin et Dingson Saint-Marcel le 18 juin, les Alliés constateront eux aussi l’échec des bases parachutistes, ce qui est unanimement reconnu aujourd’hui par les  militaires. Et question de vocabulaire, il est plus approprié de dire que les Allemands ont « pris » la base de Duault plutôt que les parachutistes ne l’auraient « prise » en s’y installant (Ils auraient d’ailleurs été avisés de suivre les conseil de Georges Ollitrault du maquis Tito et de Louis Pichouron et aller s’installer ailleurs…).

Le concept même d’un observatoire fixe pour détecter des parachutages sur des terrains par essence nombreux, dispersés et déplaçables est abscons. Car il en eu fallu des milliers en Bretagne pour couvrir le territoire.

Françoise Morvan agrémente la thèse de l’observatoire d’autres éléments : les Allemands se seraient directement adressés au garde-forestier Auguste Bocher plutôt qu’au préfet alors que dans le cas des autres observatoires, ce sont les mairies qui ont été sollicitées via les préfets. Dans les archives départementales des Côtes d’Armor, on ne trouve bien évidemment aucun élément étayant cette thèse, en particulier dans le dossier des gardes-chasses. Le barde ayant été assassiné, les Allemands, bien velléitaires, auraient renoncé à leur projet… Il y aurait aussi eu un poste émetteur qu’un voisin aurait aperçu, des menaces… des détails filandreux auxquels on peut tout simplement ne prêter aucune importance.

Nous suggérons à Françoise Morvan d’orienter ses recherches dans une autre direction : les « exécuteurs » d’Auguste Bocher et son frère avaient des noms, des identités, des parcours dans des organisations de résistance… Auguste Bocher fut d’abord agressé à son domicile le 12 décembre 1943, sur ordre du Parti communiste, à la suite du « jugement » d’un « tribunal révolutionnaire ».

Ensuite en avril 1943, et c’est à ce moment que se greffe une histoire de braconnage qui n’exclut pas le rôle du Parti communiste, Georges Ollitrault est sollicité pour aller tuer le barde – garde-forestier par une inconnue, identifiée par la suite, mais il refuse. Théodore Le Nénan et Louis Pichouron le confortent dans sa position. Auguste Bocher est néanmoins assassiné le 20 avril – un des assassins est surnommé « La gorge », étant donné son penchant pour l’alcool – puis son frère Emile, alors qu’il assiste à l’enterrement d’Auguste le 24 avril 1944.

Certains Callacois se souviennent encore aujourd’hui d’un des exécuteurs des deux frères qui, après avoir tenté sa chance en région parisienne, était revenu à Callac vivoter près de sa mère, une très brave femme. Lui-même n’était qu’un pauvre bougre qui cherchait son innocence perdue dans la compagnie des enfants.

C’est bien dans cette direction et non sur de fausses pistes que Françoise Morvan doit orienter ses recherches et informer ses lecteurs. Si elle n’aboutit pas dans ses enquêtes, qu’elle soit rassurée : les grandes lignes de l’affaire Bocher a été présentée dans Joli mois de mai 1944 et les détails non publiés ont été définitivement sauvegardés.

Les motifs et le mode opératoire de l’assassinat du garde-forestier et barde breton Auguste Bocher sont aujourd’hui clairement identifiés. A l’instar de l’abbé Perrot qui avait dénoncé le massacre de milliers d’officiers polonais à Katyn, massacre perpétré par les soviétiques et non pas par les nazis, les prises de positions du barde étaient inadmissibles pour une forme de résistance dont la Bretagne aurait pu se dispenser pour sa libération.

En mémoire du barde Auguste Bocher et de son frère Émile, à l’occasion du centenaire de la Grande guerre où disparurent tant de Bretons, quelques vers de cet ancien poilu extraits de son poème Ar c’hoadour (le forestier ou le bûcheron) publié le 22 avril 1917 :

Kaer o deus ar c’hanoliou krozal gant trouz ifern,

Hag an obuziou sklokal a bep tu d’in a vern ;

Kaer en deus an Ankou mud diskar tud en-dro d’in,

D’am c’hoad bras a hirvoudan, d’am c’hoad a hirvoudin !

Kerbernes vue

La vue depuis Kerbernès en Saint-Servais

 

 

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Nouvelles attaques contre la Résistance

Dans un post publié sur son blog, Françoise Morvan avance, à l’occasion d’une critique de Joli mois de mai 1944, que le maquis Tito aurait été infiltré par des indicateurs, ce qui aurait eu des conséquences désastreuses :

FM b 1

Françoise Morvan renvoie à la page 399 de la version de poche de son livre (soit la page 309 de la première version brochée) où l’on trouve :

FM mm

… des indicateurs dans le maquis de Callac et non pas dans le maquis Tito. Par ailleurs, Françoise Morvan met en garde contre une confusion qu’il y a lieu d’éviter entre le maquis de Callac et le maquis Tito :

FM b 2

Et réciproquement : il serait étonnant que les Tito aient cherché à se prévaloir des actions du maquis de Callac. Ces passages font référence à l’attaque du gendarme Flambart  le 26 mars 1944, une initiative des Tito. Comme cette attaque prenait lieu dans leur commune, les Tito ont prévenu le maquis de Callac qui a voulu être associé à l’action. Et c’est grâce à ce maquis que l’opération à capoté et que Flambart a eu la vie sauve (lire Joli mois de mai 1944, pp. 101-102). Suite à cette action et à la rafle du 9 avril qui s’ensuit, le maquis de Callac migrera à Carnoët puis à Trébrivan où il sera dispersé par les Allemands le 29 juin 1944. Pendant le même temps, le maquis Tito mènera de nombreuses opérations à partir de sa base de Maël-Pestivien – Peumeurit-Quintin.

Zone action maquis Tito

Zone d’action du maquis Tito (Document Georges Ollitrault).

Le maquis Tito, fondé mi-mars 1944 par Louis Pichouron à la suite des parachutages de Peumerit-Quintin, est un des rares maquis qui a survécu pendant l’Occupation sans être démantelé, sans perdre de ses membres autrement que dans des combats avec les Allemands. La plupart des autres maquis ont été généralement repérés très peu de temps après avoir été créés et ensuite presque aussitôt détruits sans ménagement par les Allemands.

Si le maquis Tito avait été effectivement infiltré par des indicateurs, on imagine mal comment les parachutistes blessés au combat de Kerhamon en Duault le 12 juin 1944 et cachés par les Tito auraient pu rester épargnés par les recherches allemandes. Lors de la rafle du 11 juillet 1944, les Allemands sont passés très près de ces parachutistes sans les trouver. Et lors de cette même rafle, Étienne, un des responsables du maquis Tito, est capturé : ce qui ne fait pas suite à une infiltration, car la rafle visait la mission parachutiste Jedburgh du nom de Frederick. Étienne parviendra par ailleurs à ne rien révéler aux Allemands de son organisation ni des parachutistes. Il survivra, avec de la psychologie et de la chance.

Nous ne suivons donc pas très bien Françoise Morvan dans ses affirmations et les griefs qu’elle adresse au maquis Tito en faisant dans ses écrits une confusion entre maquis Tito et maquis de Callac alors qu’elle met vertement en garde contre une telle confusion ! Et au passage, Françoise Morvan n’hésite pas à expliquer la guerre à ceux qui l’ont faite !

Si nous avions émis les affirmations que s’est autorisées Françoise Morvan, aurions-nous été taxés de porter une nouvelle attaque contre la résistance comme elle l’avance dans un autre de ses posts ?

Une esquisse d’explication dans les commentaires que je viens de recevoir de la part de Bernard Longuève, du maquis Tito, sur Joli mois de mai 1944. Je ne peux d’abord que me réjouir que cet ancien maquisard ait trouvé mon livre très intéressant pour comprendre ce qui s’est passé en Bretagne pendant la guerre. Bernard Longuève trouve ensuite tout à fait délirant l’idée selon laquelle le maquis Tito aurait été infiltré : si tel avait le cas, il ne serait plus là pour témoigner. Enfin, Bernard Longuève félicite à l’occasion Georges Ollitrault pour avoir su protéger [son] groupe des subtilités politiques du moment et des « dérapages » de certains maquis et rend hommage à ses copains [dont] la plupart [n’étaient] pas politisés.

Le maquis de Callac se situait nettement dans la ligne du Parti (voir ses cibles favorites) et ne se préoccupait pas vraiment des questions de sécurité (le responsable que cite Françoise Morvan et dont elle souligne l’extraction prolétarienne avait écrit en clair son nom sur sa mitraillette…). Le maquis Tito faisait bien partie d’une organisation communiste mais ses membres étaient-ils correctement politisés pour Françoise Morvan ?

Yves Mervin

Addendum (22/04/2014) . Un lecteur me signale, p. 83 du livre de Françoise Morvan, Miliciens contre maquisards :

FM McM p 83

Donc le maquis de Callac qu’il ne faudrait ne pas confondre avec le maquis Tito, serait néanmoins devenu ce maquis Tito… On ne saura jamais ce qu’il fallait retenir de tout cela.

Précisons surtout qu’on ne peut considérer que l’attaque de Bourbriac le 4 juillet 1944 par le maquis Tito serait à l’origine de la rafle de Saint-Nicolas-du-Pélem du 11 juillet  : les Allemands ont pour objectif principal, depuis le combat de Kerhamon en Duault le 12 juin, de capturer la mission Jedburgh, gestionnaire des liaisons avec le SOE (Special Executive Office) et organisatrice des parachutages d’armes et de financements au bénéfice des maquis. Sur renseignement extorqué par la torture (voir Joli mois de mai 1944, p. 274), le SD (Sicherheitsdienst) se dirige droit sur cette mission Jedburgh à Canihuel et cette dernière échappe de justesse… en abandonnant la carte des maquis et lieux de parachutage…

Prise de recul

De nouveaux articles sur la signature de samedi 19 octobre 2013 à la maison de la presse Ty-Presse de Callac.

Le ton a changé, la prudence est perceptible…  Le parti-pris est imperceptible… Les correspondants se seraient-ils renseignés sur le parcours des résistants présents ce jour-là ?

De Patrick Steun, correspondant d’Ouest-France, et aussi de l’Echo de l’Armor et de l’Argoat :

Echo

Finalement, chacun avait pu avancer ses arguments…

Et une approche presque audacieuse du Poher :

Poher

Le fonds du sujet, du sujet qui fâche, reste à traiter.

A signaler, un cas désespéré à Pont-Melvez

Yves Mervin

Je reviendrai à Callac…

Ma signature à donné l’occasion de deux articles dans la presse quotidienne. Le premier émane du correspond local d’Ouest-France, Patrick Steun, et l’autre du correspondant local du Télégramme, Christian Le Goff.

Ollitrault Hillion

Le correspondant du Télégramme, Christian Le Goff, en pleine action de prise de notes, interrompue par la rencontre de Georges Ollitrault avec la fille d’un de ses camarades du maquis Tito à Peumeurit-Quintin.

Ouest-France

On retrouve de mêmes éléments et quelques variantes dans ces deux articles. L’occasion de porter quelques précisions sur la réalité des propos que j’ai tenus.

Plus proche de la vérité…

Ouest-France : « La résistance a fait plus de morts chez les Bretons que chez les Allemands ». D’après les recherches que j’ai effectuées, je suis bien parvenu à cette conclusion. « Globalement, la Résistance a été plus nuisible qu’utile » : ce qu’a compris le correspondant.

Ouest-France : « Plus proche de la vérité que tous les historiens sur le sujet » et, plus précis, le Télégramme : « Je suis plus près de la vérité que beaucoup… pour le moment, je n’ai rien à remettre en cause ». Telle est bien la teneur de mes propos, et pour de multiples raisons : j’ai continué le travail commencé par un résistant, j’ai pu en associer d’autres à ma démarche, je suis le premier à avoir accéder à des archives jusqu’à présent interdites d’accès… Qui plus est, mon livre a suscité de nombreux témoignages nouveaux qui confortent ma présentation et il me serait possible d’écrire un second tome après ce premier livre. J’ai ajouté que mon travail marque surtout une étape et que d’autres historiens viendront après moi pour compléter ce que je n’ai pas pu écrire. Seront-ils amenés à me contredire ? On verra cela à l’avenir.

Le coup d’éclat de l’adjoint au maire de Callac…

Le Télégramme : « L’auteur et Georges Ollitrault, ancien résistant qui l’accompagnait, ont été pris à partie par un adjoint callacois qui s’adressant à Georges Ollitrault : Je suis écœuré de votre présence auprès d’Yves Mervin » et Ouest-France : « Denis Lagrue, premier adjoint, interpelle Georges Ollitrault, ancien Résistant présent aux côtés d’Yves Mervin ». En effet, nous avons assisté à cette scène surréaliste où un élu callacois est venu, 70 ans après les événements, tancer vertement l’ancien résistant Georges Ollitrault qui m’a apporté une contribution significative à l’interprétation des événements et des éléments d’archives que je lui ai soumis.

Il serait trop long de rappeler ici le parcours exceptionnel de ce résistant qui est entré en clandestinité dès 1941, jusqu’en 1944, qui a effectué les premiers sabotages à Saint-Brieuc dès 1941, qui a participé à l’exfiltration de Marcel Cachin, qui a conduit la brigade de sabotage créée par Louis Pichouron, qui s’est échappé des prisons de Compiègne et de Saint-Brieuc, qui a exfiltré ses camarades de la prison de Lannion, qui a attaqué la gendarmerie de Callac [attaque ratée du fait des résistants de Callac], qui a sauvé le parachutiste allemand déserteur Georges Nieman [raccourci de l’histoire : que le maquis du résistant qui protestait à l’extérieur s’apprêtait à éliminer… ],  qui a combattu à Duault le 12 juin 1944, qui a récupéré les armes laissées là par les parachutistes, qui a attaqué la garnison allemande de Bourbriac le 6 juillet 1944, qui a fait la jonction avec les Américains à Rostrenen le 5 aout 1944, qui a protégé la mission ALOES avec le Corps-franc Marceau à Kerien, qui a participé à la libération de Saint-Brieuc, qui a été blessé par un engin explosif dans la poche de Paimpol…

Et se permettre de venir faire un reproche à Georges Ollitrault au titre de la mémoire de la Résistance bretonne !

Stupéfiant !

Tel est le résultat de décennies de liturgie résistante sans esprit critique et de devoir de mémoire en circuit fermé.

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La photo du correspondant d’Ouest-France, prise au moment même où Denis Lagrue reproche avec véhémence à Georges Ollitrault sa présence en ce lieu…ce qui nous vaut mon air incrédule et celui ébahi de Georges Ollitrault.

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Après être venu tancer Georges Ollitrault dans la maison de la presse, Denis Lagrue, adjoint au maire de Callac, vient rapporter à Félix Leyzour, sénateur communiste de Callac, resté à l’extérieur.

Houle dans la foule…

Le Télégramme : « Une attitude vécue par ceux-ci comme une ultime provocation… »

Pendant la signature, deux manifestantes, filles d’internés au camp de Châteaubriant, sont venues me faire part de leur désaccord. L’une d’entre elle n’avait ostensiblement pas lu le livre car elle ignorait en quels termes j’évoquais le sort de ses père et grand-père. J’ai indiqué à cette dame que je viendrais après la signature discuter avec elle. Lors de la sortie, certains me reprochaient de partir en les ignorant : je les ai rassurés en leur précisant que je déposais seulement mes affaires dans ma voiture.

Télégramme

Je n’ai aucune crainte ou appréhension du contact. J’ai baigné pendant toute mon enfance dans des milieux résistants et en particulier FTP. Je sais pertinemment que chacun détient sa part d’humanité, que chacun peut surmonter ses émotions, qu’il n’y a pas d’opposition insurmontable et qu’avec de la patience, le dialogue est possible en toutes circonstances.

Aucun des contestataires, qui se sont évertué à ne pas lire mon livre, ne m’a indiqué d’éléments qui seraient inexacts. Ils m’ont rappelé que des morts étaient morts, ce que l’on sait depuis la période même de la guerre où quelques temps après la libération.Le malaise tient surtout au fait de parler d’autres morts dont l’ANACR ne veut surtout pas entendre parler. D’où cet écran de fumée qui ne sera qu’éphémère. Les manifestants devraient considérer que s’ils abstiennent de lire Joli mois de mai 1944, d’autres ne s’en privent pas… Tout le monde ne choisit pas délibérément l’ignorance…

Il convient enfin de rapprocher les articles d’Ouest-France et du Télégramme de ceux parus suite aux signatures de Carhaix et de Rostrenen. Dans ces lieux, les correspondants ont parfaitement trouvé les termes pour évoquer un sujet dont la sensibilité est évidente pour tout le monde et qu’il convient de traiter calmement, en dépassionnant le débat. A Callac, il semble y avoir eu confusion entre des arrière-pensées politiques et le souci d’informer de façon équilibrée.

Yves Mervin