Georges Ollitrault

Auf der Heide blüht ein kleines Blümelein und das heißt Erika

Heiß von hunderttausend kleinen Bienelein wird umschwärmt Erika

« Erika », Herms Niel, 1939 [1]

Nul n’échappe et ne peut ruser indéfiniment avec la fatalité de la mort.  Vient de disparaître dans quatre-vingt quatorzième année Georges Ollitraut, connu sous le nom de « Jojo » dans la Résistance.

Paradoxalement, c’est un chant allemand qui me vient à l’esprit à l’annonce de son décès. Georges Ollitrault avait bien voulu m’accorder de nombreux entretiens à l’occasion de mes recherches sur la Seconde Guerre mondiale en Bretagne. Et c’est incidemment que j’ai découvert qu’il écoutait volontiers des chants militaires allemands. Intrigué, j’ai approfondi la chanson de Herms Niel et, en ayant appris les paroles, l’ai chantée ensuite, de bon cœur, avec Georges Ollitrault.

Il n’y a aucune interprétation erronée à tirer de cet intérêt. Lors de la période du groupe de sabotage mis en place par Louis Pichouron, Georges Ollitrault se rendait dans des cafés de Rennes et entamait la conversation avec les Allemands qui s’y trouvaient. Il leur disait : « je vais m’engager das les NSKK [2] ». Ces Allemands s’en réjouissaient et lui payaient à boire. C’est bien Georges Ollitraut qui m’a déclaré un jour : « pour bien combattre son ennemi, il faut bien le connaître. Quand on connaît bien son ennemi, on n’a plus envie de la combattre« .

Georges Ollitrault ne me parait pas avoir jamais éprouvé la « haine du boche », même après que ses parents à Loudéac aient été brutalisés lors de leur arrestation dès 1940. Et dans son parcours de résistant qui a duré toute l’Occupation, pendant  trois années de clandestinité, malgré les promiscuités inhérentes à son action, Georges Ollitraut n’a commis aucune exaction à l’encontre de ses compatriotes.

Rare interférence entre la période de la guerre et sa nouvelle vie : Georges Niemann, déserteur allemand ayant rejoint la Résistance, rend visite à Georges Ollitrault qui lui a sauvé la vie. Il emprunte alors le sulky de Georges.

La guerre n’est pas le but de la vie, elle n’en est qu’une vicissitude. C’est plus la guerre qui a fait Georges Ollitrault plutôt que Georges Ollitrault n’a fait la guerre. Et la paix revenue, Georges s’est consacré à sa véritable passion, son véritable métier, un héritage familial : les chevaux. En rupture avec la période de la guerre, non sans séquelles de cette période, Il s’installe dans le sud de la France, près de Castillon. A l’exemple de son père, Georges Ollitrault devient driver, entraîneur et éleveur. En 1979, il gagne en tant qu’entraîneur le Prix d’Amérique avec High Echelon  en 1′ 18″.  Il voyage en Europe et aux États-Unis et il fréquente les milieux hippiques dont il devient une figure.

Georges Ollitrault prêtait une attention particulière à la santé des chevaux et aux soins à leur prodiguer. Il donnait de nombreux conseils sur le sujet.

Un autre Georges Ollitrault.

Dernière victoire de Georges Ollitrault (à droite sur la photo) à l’âge de 70 ans le 1er octobre 1995 à Landivisiau, prix du Val Rouge (2 600 mètres) avec Brave de Clopeau. Parti le dernier, il revient doucement, évite la corde et tourne au grand longe à 800 mètres de l’arrivée. Il finit en tête parmi 16 concurrents.

[1] Interprétation romantique d’Erika (d’après le site de Frank Petersohn):

[2] Nationalsozialistische Kraftfahrkorps (NSKK) :  organisation de transport associée à l’armée allemande.

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