Yann Fouéré a sauvé l’Humanité

Êtes-vous antiyoudomicrologophile ? Si, si, je vous parle français. Et un peu grec ancien par la même occasion [1]… Êtes-vous donc anti-youdo-micro-logo-phile ? En Bretagne, nous avons quelques antiyoudomicrologophiles : il y a Pierrick, le pionnier, et surtout notre Françoise nationale, Miss Points Godwin en Bretagne… et aussi quelques émules qui ne sont pas prêts de la rattraper.

A l’occasion de mon livre Arthur et David – Bretons et Juifs sous l’occupation publié chez Yoran Embanner en 2011, j’ai moi-même mené une enquête dans le mouvement breton sur les relations entre les nationalistes bretons et les Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Certes il y eut des propos antisémites et des dénonciations et je n’ignore certainement pas ces aspects. Mais je préfère positiver. Et il y a de quoi.

Tout d’abord, ma petite phrase antisémite préférée :

Certes, des esprits chagrins pourrait interpréter ce texte comme antisémite : il ne commence pas très fort en effet. Mais oser, dans le contexte de l’Occupation, comparer les Juifs aux Irlandais, des non humains et des plus ou moins tolérés par la race supérieure, c’est tout simplement extraordinaire ! Peut-on trouver dans la presse occupée en Europe, en la comparant aux Irlandais, un aussi bel hommage à la nation juive  ? Laissons donc parler les antiyoudomicrologophiles qui nous rabâchent que les nationalistes bretons auraient été d’affreux nazis, alors que leur référence idéologique était sans ambiguïté le républicanisme irlandais.

Il y eut surtout de réelles amitiés, des connivences et des solidarités, jusqu’au sauvetage de certains Juifs pourchassés. Je préfère collectionner ces histoires positives et je me complais à vous dresser la liste de celles que j’ai identifiées jusqu’à présent :

  • Yann Fouéré et le mari juif d’Ida Franca
  • Olier Mordrel et Max Jacob
  • Roparz Hemon et Julius Pokorny
  • Fransez Debeauvais et la famille Levi de Bruz
  • Polig Monjarret et Samuel Brenner
  • Pierre Le Lay et Lola Schafler épouse Drücker
  • Les nationalistes bretons de Lorient Hamon, Étienne Le Grand, Cavelet, Bouc’h et Israël Gesko

Israël Gisko (Archives départementales du Morbihan). Israël Gesko eut la bonne idée de revenir en Bretagne avec les prisonniers bretons libérés par les Allemands au titre de leur nationalité bretonne. Naquit ensuite une amitié entre lui et des membres du Parti national breton à Lorient. Malheureusement, Israël Gesko fut rattrapé par les persécutions des nazis et de certains services de l’État français. Il n’est pas revenu des camps de la mort.

  • François Taldir-Jaffrennou et Leo Perutz
  • Yves Delaporte et Berthe Weill, Denise,  Daniel, Claudine Mazeas
  • Célestin Laîné et Fritz Heinsheimer
  • Germaine Le Helloco et Charles Steir
  • Ange Péresse et Pierre Dorade
  • Gaston Sébilleau et Moszeg, Riva, Léonard, sa soeur Epelbaum
  • Joseph Martray et des enfants juifs resté non identifiés
  • Guy Étienne et David Ben Gourion

Soit le gratin nationaliste de cette joyeuse époque.

Pourquoi Yann Fouéré a-t-il plus que les autres sauvé l’Humanité ? Peut-être parce qu’est récemment disparue, en janvier dernier, Claudine Mazéas, rescapée avec sa famille de la Shoah. J’ai fréquemment rencontré Claudine Mazéas au moment où j’écrivais Arthur et David et j’avais gagné sa confiance. Elle m’avait montré les étoiles jaunes que sa famille et elle-même avait été contraints de porter à Guingamp suite aux ordonnances allemandes et aux lois raciales de l’État français. Toucher l’histoire du bout des doigts…

Avec Yann Fouéré, nous avons évoqué lorsque que je l’ai rencontré en mai 2006, le sort de la famille Mazéas qui fut sauvée in extremis du camp d’Auschwitz par l’intervention d’Yves Delaporte et d’Hermann Bickler. Il m’a expliqué les démarches qu’il avait lui-même faites en faveur de la famille Mazéas auprès des autorités allemandes et françaises avec un sourire de satisfaction évident. Qui plus est, ses propos ont été largement confirmés par la consultation des archives.

D’après Michna, Sanhédrin 4:5 « וכל המקיים נפש אחת מישראל מעלה עליו הכתוב כאילו קיים עולם מלא »), ce qui se traduit par « celui qui sauve une vie sauve l’humanité tout entière ». Je vous ai peut-être donné l’impression de saisir les subtilités de la Torah, mais il n’en est rien et je vous ferai grâce des débats sur la traduction de cette phrase en hébreu. Quoiqu’il en soit, l’intention compterait plus que la conscience des conséquences de l’acte.

En tentant tout ce qu’il pouvait pour venir au secours des Mazéas, dans l’ignorance du destin qui les attendait, Yann Fouéré n’a-t-il pas sauvé l’Humanité ?

[1] antiyoudomicrologophile  : antiyoudo (antisémite ou antijuif), micro logo (micro : petit, logo : phrases) et phile : amateur. Soit amateur de petites phrases antisémites… un peu, beaucoup… à la folie !

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