L’ascenseur

La revue en langue bretonne Al Liamm publie dans son dernier numéro de mars-avril 2017 une nouvelle de Kristian Braz intitulée : Ar batriotez (« La patriote »), pp. 19-32, qui relate l’arrestation par une patrouille allemande d’une agent de liaison de la Résistance.

Fondée après la guerre en 1946, faisant suite à la revue Gwalarn de Roparz Hemon, Al Liamm nous avait habitué aux témoignages de nationalistes bretons qui, pour nombre d’entre eux, ont été poursuivis après la guerre par les Cours de justice pour manque d’ardeur patriotique et d’animosité envers l’ennemi teuton.

C’est dans le numéro 20 de mai-juin 1950 d’Al Liamm que Roparz Hemon avait écrit : Ar pevar bloaz-se, 1940-1944, a zo bet frouezhus evit ar buhez speredel koulz hag ar buhez politikel [1]. Du strict point de vue de la faculté de créer en breton avec l’assentiment de l’autorité publique, fût-elle occupante, le propos est incontestable. Pour ce qui est des aspects politiques, l’affirmation n’est pas évidente.

Avec la nouvelle de Kristian Braz, Al Liamm aborde un genre littéraire nouveau qui séduit plus souvent les lecteurs de la revue de l’ANACR [2] aujourd’hui disparue, Ami entends-tu ? Pour mieux exprimer mon étonnement et ma perplexité quant au texte Ar batriotez, je le commenterai en breton.

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Les biais de mémoire d’historiens « officiels » en Bretagne

Reproduction ci-dessous de l’interview accordé à Breizh-info.com à la suite de la parution du DVD « Triskell et croix gammée ».

600251Breizh-Info.com : Yves Mervin, pouvez-vous commenter le DVD « Triskell et croix gammée » de Michel Denis, Kristian Hamon, Jean-Jacques Monnier, Georges Cadiou, Ronan Calvez et Herri Caouissin. Ce DVD est produit par RDM video et il est distribué depuis le 6 septembre 2016 dans les médiathèques, bibliothèques départementales de prêt (BDP), bibliothèques, établissements scolaires, comités d’entreprise, collectivités…

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Un mix d’images chocs, de témoignages sélectionnés et de paroles d’ « experts » : c’est parti pour les associations d’idées !

Yves Mervin : Ce qui frappe tout d’abord dans ce DVD, c’est, d’un point de vue historique, l’amateurisme des auteurs, leurs approximations, leurs inexactitudes et leurs erreurs flagrantes. Par exemple, Kristian Hamon revient sur les causes de l’assassinat de Jean-Marie Perrot qui, selon lui, était (minute 27:10) un anticommuniste viscéral. Entre autres considérations tendant à justifier le crime, Kristian Hamon avance (minute 28:30) : Je ne dirai pas que l’abbé Perrot l’a dénoncé [Albert Duperrier], je n’en sais strictement rien, mais quand, même, il y a suspicion ! Kristian Hamon insinue que Jean-Marie Perrot aurait dénoncé le résistant Albert Duperrier arrêté deux fois par les Allemands le 11 juillet 1943 puis le 12 juin 1944. Si Kristian Hamon avance cette thèse, il lui revient de produire des éléments d’archive ou des témoignages convaincants. De toute évidence, il n’en dispose pas et son opinion ou sa conviction profonde n’édifient en rien.

J’ai étudié dans Viens rejoindre notre armée ! (pp. 247-251), le parcours d’Albert Duperrier pendant la Seconde Guerre mondiale et il apparaît que ce dernier a déclaré : nous avons embrigadé beaucoup trop de jeunes qui ne savent pas tenir leur langue, selon le témoignage difficilement contestable du résistant Guy Péron. Albert Duperrier a été dénoncé par un autre résistant sous la torture et  l’hypothèse la plus plausible pour cet autre résistant, que Guy Péron ne nomme pas, est Yves Simon arrêté le 15 mai 1944. Ce dernier se serait vanté juste avant d’être arrêté d’avoir eu l’honneur de participer à l’assassinat de l’abbé Perrot lors d’une première tentative manquée le 26 novembre 1943. Plutôt que de soupçonner sans la moindre piste Jean-Marie Perrot de délation, il serait plus pertinent de s’interroger sur l’éventuelle implication d’Albert Duperrier dans la première tentative d’assassinat de l’abbé !

Breizh-Info.com : Avez-vous trouvé d’autres exemples de désinformation dans ce DVD ?

Yves Mervin : Prenons le cas de Georges Cadiou qui se repaît de sa collection de phrases antisémites qu’il a trouvées dans l’Heure bretonne (minute 18:15). Georges Cadiou interprète comme antisémite un article de François Jaffrennou, dit Taldir, Grand Druide de Bretagne, paru dans le journal La Bretagne du 1er janvier 1943. L’interprétation de George Cadiou et l’intonation avec laquelle il lit cet article n’engage que lui, elle n’engage en rien Taldir. François Jaffrennou Taldir avait avant la guerre défriché l’histoire des Juifs de Bretagne et il a écrit dans la revue L’Action du 14 juillet 1951 un texte remarquable sur les Juifs qu’il a rencontrés au cours de sa vie, Le sel de la terre, à une époque où les adeptes du devoir de mémoire n’avaient pas trouvé le filon pour se donner une importance. Rappelons que dans son livre L’Hermine et la croix gammée, Georges Cadiou accuse, en reprenant à son compte un ragot, ce même Taldir d’avoir dénoncé le résistant Adolphe Le Goaziou : Taldir a tout simplement été victime d’une erreur judiciaire. Après la guerre, Leo Perutz, un Juif autrichien, qui s’était lié d’amitié avec Taldir jusqu’à devenir membre du Goursez de Bretagne, a témoigné à bon escient en faveur de Taldir lors de son procès. Accuser Taldir d’antisémitisme traduit une grossière méconnaissance de cette question.

Breizh-Info.com : Un autre exemple à donner ?

Yves Mervin : Michel Denis interprète (minute 34:55) l’entrée de nationalistes bretons dans la Résistance, en l’occurrence le groupe Liberté de Saint-Nazaire, comme un moyen d’échapper au Service du travail obligatoire (STO) ! Lui aussi plaque son schéma idéologique sur les faits et arrive à la conclusion qui lui convient. En septembre 2009, j’ai eu le privilège d’une longue conversation avec Madelein Mesnard, le responsable du groupe Liberté, dont je décris le parcours à partir des archives. Et les motivations des Liberté n’avaient rien à voir avec le STO. Noter, ce qui échappe à Kristian Hamon (minute 13:00), que les Liberté étaient présents à Landerneau au camp de Landivisiau et qu’il n’y avait pas que les futurs Bezen Perrot à ce camp. J’ai même une photo (dont je n’ai pas les droits de publication) où ils posent ensemble en uniforme des Bagadoù Stourm. A aucun moment Madelein Mesnard n’a critiqué les Bezen Perrot comme s’autorisent à le faire les auteurs.

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Gros plan sur une plaque aux victimes d’une Milice bretonne qui ne s’est jamais trouvée à Ploëzal le 6 juillet 1944 (minute 33:40).

Breizh-Info.com : Un dernier exemple de désinformation ?

Yves Mervin : Les auteurs ont sollicité l’ancien résistant FTP Désiré Camus qui revient (minute 31:25) sur les événements de Ploëzal du 6 juillet 1944. Contrairement à ce qu’affirme Désiré Camus, il n’y a jamais eu de Milice bretonne à cet endroit et à ce moment. Comment Désiré Camus a-t-il pu, comme il l’affirme, trouver une carte du Kadervenn dans la poche d’un agent des Allemands resté sur le terrain, Jean-François Jouanny, agent dont on ne trouve aucune trace chez les nationalistes bretons : bizarre ! Désiré Camus, ancien instituteur, confond simplement un certain Michel Lesné avec Célestin Laîné ! Désiré Camus aurait mieux fait de nous expliquer les circonstances de l’assassinat de Pierre-Marie Lec’hvien, recteur de Quemper-Guezennec par quelques-uns de ses FTP, dont Joseph Le Roux, le 10 août 1944 après le départ des Allemands. Et autres crimes commis par d’autres de ses camarades FTP à ce moment, à Saint-Quay-Portrieux le 21 août 1944 par exemple.

Breizh-Info.com : quelle est la valeur pédagogique du DVD ?

Yves Mervin : il ne s’agit pas de pédagogie, mais d’idéologie. A partir de faits réels, les auteurs construisent une histoire conforme à un canevas idéologique officiel, une histoire manichéenne où de mauvais Bretons arriérés, rétrogrades, réactionnaires, superstitieux, antisémites, xénophobes, racistes, fascistes, pronazis agressent de braves Bretons résistants, progressistes, antifascistes, antinazis, ouverts d’esprit, épris de liberté et victimes de la barbarie. Et dans ce schéma, les bons Bretons résistants sont profrançais, ils sont même tout simplement français, et les mauvais Bretons sont anti-français, réfractaires aux idées de progrès et de liberté, aux Droits de l’Homme que la France aurait inventés. La réalité est bien sûr plus complexe et les rôles sont très souvent inversés. Kristian Hamon se prévaut de consulter les archives (minute 13:00), mais les archives sont à interpréter avec discernement. Elles ne portent que sur une partie de la réalité et elles ne confortent aucun discours idéologique en particulier.

Breizh-Info.com : Le DVD est pourtant distribué dans les centres pédagogiques ?

Yves Mervin :  Un tel DVD, financé par des deniers publics et utilisé dans le milieu de l’éducation nationale où l’histoire de Bretagne est interdite de fait, relève d’une histoire fondamentalement anti-bretonne, quand bien même les auteurs ont adopté des positions en apparence pro-bretonnes, au sens de l’émancipation d’un peuple breton. Ils ont adhéré ou ont été proches de l’Union démocratique bretonne (UDB), qui, à son origine, était organisée sur le modèle d’un Parti communiste avec en particulier le centralisme démocratique et des références explicitement marxistes-léninistes. J’en sais quelque chose, j’y ai passé quelques mois en 1977 et c’est de l’intérieur que j’ai découvert cette réalité. Un responsable de la fédération de Paris s’enorgueillissait de ce que l’UDB était reconnue, au même titre que le Parti communiste français, comme mouvement révolutionnaire par l’Union soviétique qui ne s’était pas encore effondrée à ce moment. L’UDB s’est adaptée, elle est devenue un parti réformiste, mais son fonds idéologique reste le communisme, sans rupture avec la réalité désormais bien connue de cette idéologie avec ses millions de morts, la dékoulakisation, les procès de Moscou, les goulags, les purges staliniennes, les déportations de populations, la famine programmée en Ukraine… On n’est donc pas dans la pédagogie, mais dans l’agit-prop. En agitant l’épouvantail du nazisme, les auteurs ne peuvent se dispenser de se justifier sur le communisme et ils seraient avisés de nous expliquer ce en quoi le communisme aurait été préférable au nazisme.

Breizh-Info.com : Quelles sont les faiblesses du raisonnement des auteurs ?

Yves Mervin : En particulier l’incapacité d’appréhender et d’assumer l’héritage du pacte germano-soviétique et du flirt idéologique entre nazisme et communisme contre les démocraties parlementaires « petit-bourgeoises ». Le pacte germano-soviétique déclenche la Seconde Guerre mondiale et a diverses conséquences en Bretagne même. Immédiatement après la signature du pacte en septembre 1939, les Allemands et les soviétiques envahissent la Pologne. Puis au printemps de 1940, sur ordre direct de Staline, le NKVD (la police politique soviétique) massacre à Katyn plusieurs dizaines de milliers de Polonais : officiers, médecins, ingénieurs, enseignants… L’Union soviétique accusera pendant des décennies les Allemands d’avoir commis ces crimes jusqu’à ce que le parlement russe reconnaisse officiellement sa responsabilité le 26 novembre 2010. Ce qui est récent et clôt les débats, ce que les auteurs ne peuvent ignorer. En 1943, Jean-Marie Perrot dénonce en chaire et dans sa revue Feiz Ha Breiz le massacre de Katyn, ce qui est insupportable au Parti communiste français qui se prépare à prendre le pouvoir à l’occasion de la Libération. Le Parti communiste décide alors d’éliminer Jean-Marie Perrot par l’Interrégional Marcel Dufriche et Daniel Trellu, responsable des FTP du Finistère, lors d’une première réunion pendant l’été puis, lors d’une deuxième réunion à Scaër chez Roseline Kersulec et son fils François Kersulec. Il revient aux auteurs de tirer les conséquences de leurs revendications idéologiques et historiques et de leur légitimation de cet assassinat.

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Vue fugitive sur le journal Feiz ha Breiz du Bleun Brug (minute 26:45) où Jean-Marie Perrot dénonce la massacre de Katyn (Karnel Katyn), ce qui lui vaudra d’être assassiné par le Parti communiste français.

Breizh-Info.com : Les auteurs veulent-ils rendre hommage à la Résistance ?

Yves Mervin : l’esprit de résistance consiste à s’insurger dans un pays occupé alors que la situation parait sans issue. Au moment des événements, cela avait un sens, mais 70 ans après la Libération, quel intérêt y-a-t-il à se déclarer pro-résistant ? Il n’y a plus ni risque ni enjeu. Chacun connaît la fin de l’histoire. C’est justement sur ce point que les auteurs font de la politique et non pas de l’histoire, car écrire l’histoire, c’est comprendre le comportement et les choix des uns et des autres en fonction de l’information qu’ils ont de la situation à l’instant qu’ils vivent, pas en fonction de la suite des événements que connaît l’historien. Je suis bien placé pour savoir qu’il y eut quelques authentiques résistants qui se sont engagés précocement pour la seule libération du territoire et l’instauration de la démocratie : les auteurs ne sont pas héritiers des mérites de ces résistants et ils ne sont pas habilités à parler en leur nom.

Mais prendre le parti de la Résistance aujourd’hui n’est même pas évident : son efficacité a été symbolique et elle s’est surtout impliquée dans une guerre civile plutôt qu’une guerre de libération. Elle est responsable de nombreux meurtres, de viols et de vols. Sa légende s’effrite lentement mais sûrement avec les archives qui s’ouvrent petit à petit.

Il a un autre tabou mémoriel pour ces héritiers du communisme : l’épuration que les auteurs justifient par leurs commentaires en banalisant et en minimisant les scènes de violences qui ont accompagné la liesse de la Libération. A ce moment, des résistants qui ne risquaient plus la répression allemande s’en sont pris à leur compatriote, le plus souvent des femmes. Face à ces scènes d’une extrême lâcheté, les auteurs ne manifestent aucune indignation. Par leur silence, ils avalisent le fondement criminel du communisme et plus généralement de tous les totalitarismes.

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Commentaire des auteurs (minute 37:10) : l’épuration en Bretagne n’a pas été plus dure… Hypersensibilité envers les victimes de l’occupant, désensibilisation envers les victimes de la Résistance.

Breizh-Info.com : Comment interpréter la démarche des auteurs ?

Yves Mervin : Les auteurs assènent avec animosité des injonctions qui tendent à inhiber l’esprit critique et préparent les esprits à la résignation et à la soumission envers toute religion ou idéologie hégémonique. Leur dialectique pseudo-révolutionnaire est devenue un conformisme, un renoncement à l’insurrection, une subordination à un pouvoir à qui on fait allégeance… quand bien même certains ont appartenu à un parti qui dénonçait la colonisation de la Bretagne par la France. Et pour bien montrer sa servitude, quoi de mieux que de dénigrer ses congénères ?

Les auteurs s’en prennent à des personnes aujourd’hui disparues qui ne peuvent pas leur rendre la réplique. C’est dommage parce que les Olier Mordrel, Yann Fouéré, Jean-Marie Perrot, Roparz Hemon, François Jaffrennou… avaient, de mon point de vue, une éminente dimension intellectuelle. C’est comme si les auteurs avaient attendu que cette génération disparaisse pour la critiquer sans danger, en commençant vers la cinquantaine une carrière de conscience du peuple. Mais ils démontrent largement dans ce DVD qu’ils n’ont pas d’autorité ni de légitimité à nous donner des leçons de démocratie, de respect des différences et encore moins d’humanisme.

Une conférence en circuit fermé

Dimanche 20 novembre 2016, à 15 h, le musée de la Résistance en Argoat à Saint-Connan recevait Christian Bougeard, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Bretagne occidentale (UBO) de Brest, chercheur au Centre de recherche bretonne et celtique (CRBC) pour une conférence sur le thème « De l’Occupation à la Libération en Bretagne ».

A l’ouest, rien de nouveau : le discours est bien rôdé et ne donne aucun signe de renouvellement. De quoi rassurer la quarantaine d’habitués des lieux qui assistaient à ce discours ? Pas si sûr.

Fort de la caution « scientifique » du conférencier, le président de l’ANACR des Côtes d’Armor, Pierre Martin, s’est permis d’insinuer que j’aurais repris les écrits de la revue Historia qui produit, dans son numéro de septembre 2004, un dossier intitulé 1944-1945 – L’épuration, chronique d’une France déchirée. Dans ce dossier, sous la photo de Louis Briand, un résistant pendu à un balcon de la place principale de Rostrenen après avoir été capturé à Lamprat en Plounevezel par une unité allemande se dirigeant vers le front de Normandie le surlendemain du Débarquement, les auteurs attribuent ce crime à « L’Épuration sauvage ». De plus, la revue aurait commis deux fois cette erreur (voir le site de l’ANACR de Lannion).

Dans Joli mois de mai 1944 (pp. 181-185), j’ai traité du cas largement connu des « pendus de Carhaix », pour comprendre les circonstances dans lesquelles un groupe de jeunes résistants mal encadré s’est fait capturer sans même combattre. Chacun peut donc constater l’incongruité des propos de Pierre Martin.

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Plaque commémorative à la mémoire de Marcel Le Goff, un camarade de Louis Briand, assassiné le même jour à La Pie en Paule (photo Yves Mervin)

Et quand bien même tant le conférencier que le président de l’ANACR ont occulté le sujet, la criminalité résistante et l’épuration sauvage ont bien existé et ne sont pas un phénomène anodin ou négligeable : c’est même le fait principal de la Résistance bretonne qui a été plus dangereuse pour les Bretons que pour les Allemands.

A quelques pas de l’endroit même où fut pendu Louis Briand, rue Ollivier Perrin à Rostrenen, vivait  Eugénie Le Gouard, dite « Mimi », née Loriquet en 1915 à Paris, avec sa fille Jeannine de cinq ans. Pour survivre, Eugénie Le Gouard avait travaillé au collège de Campostal, alors réquisitionné par les Allemands, en tant qu’aide cuisinière. Le 4 août 1944, les blindés américains défilent en ville depuis la matinée et sont applaudis par la foule. Vers 21 heures, plusieurs résistants FTP frappent à la porte d’Eugénie Le Gouard : elle ouvre, a le temps de comprendre et de crier Pitié pour ma fille ! Elle reçoit deux coups de pistolet devant cette petite fille qui sera recueillie par une voisine. Laissée seule dans son logement, elle mettra plusieurs heures à mourir.

Mise Éire (I am Ireland)

Il me semble que vous devriez comprendre que ce qui perd le monde, ce ne sont pas les bandits, ni les guerres, mais les haines, les inimitiés, toutes ces petites querelles sordides…

Anton Pavlovitch Tchekov, Oncle Vania.

Suite à la parution de Viens rejoindre mon armée ! Françoise Morvan a bien voulu me consacrer de longs commentaires sur son blog.

De ses commentaires, il me revient surtout de regretter d’avoir écorché dans l’index de mon livre, le prénom de son grand-oncle, Joseph Pennec, devenu Jean. Ce que je regrette d’autant plus que l’ancien Rostrenois qui m’en a parlé était très élogieux à son égard, ce que confirme l’examen de son dossier au service historique de la défense à Caen. J’espère que Françoise Morvan, qui confond elle-même Marcel et Gérard, ne m’en tiendra pas une excessive rigueur.

Diabolicum perseverare

Pour le reste, Françoise Morvan illustre une nouvelle fois sa démarche « historique » bien connue. Sa thèse tient à ce que des nationalistes bretons de la Formation ou Bezen Perrot se seraient trouvés avec le service de sécurité allemand, le SD (Sicherheitsdienst), à Bourbriac début juillet 1944. De là, ils auraient accompagné ces Allemands à Garzonval pour achever sept « martyrs » de la Résistance bretonne préalablement torturés dans la maison Souriman à Bourbriac. Ainsi veut-elle que l’histoire se soit passée. Pourquoi insister dans cette thèse sans fondements : pour démontrer que des nationalistes bretons étaient capables d’actes meurtriers ?  Pour démontrer qu’elle, Françoise Morvan, a osé, su, fait valoir cet aspect de la guerre, alors que tous les historiens passent à côté de ce fait, voire l’occultent ou le dénigrent ? Parce que son oncle René Morvan, et peut-être aussi son père Yves, auraient pu subir le sort des martyrs et que, 72 ans après, le choc émotionnel familial ne serait pas encore surmonté ?

Quoi qu’il en soit, aborder cette question d’un point de vue historique nécessite de dépasser le trauma familial et le sentiment de culpabilité du survivant qui se serait transmis d’une génération à l’autre. Si la Bezen Perrot était à Bourbriac, puis de là à Garzonval début juillet 1944 [1], il n’y a certainement pas lieu d’occulter ce fait. Et si elle n’y était pas, il n’y a pas lieu de l’affirmer non plus. Et si en définitive on ne peut rien démontrer, comment présenter la chose ?

La présence de la Bezen Perrot est plausible, mais faiblement étayée par quelques témoignages épars. Point faible de sa théorie, quand bien même elle affirme qu’un groupe de cinq Perrot était présent à Bourbriac, Françoise Morvan ne produit pas l’identité de ces cinq individus, alors que leur présence est généralement connue nominalement en d’autres lieux. Elle souligne d’ailleurs elle-même combien il est hasardeux de situer un groupe ou un  individu à un certain moment à un certain endroit (p. 122 : ...il devrait être facile de déduire qui est présent lors d’une opération …). Mais parce que pour que les Perrot soient à Garzonval, il faut d’abord qu’ils soient à Bourbriac, d’une présomption, Françoise Morvan fait une certitude préalable.

Puis, Françoise Morvan fait état dans Miliciens contre maquisards (p. 159-160) du témoignage de Joséphine Garzuel (le principal témoignage à retenir de ceux qu’elle produit) : je précise qu’au départ de la camionnette [pour Garzonval] vers 19 heures… j’ai également reconnu dans cette camionnette bâchée un milicien dit l’Oeil-en-verre [soit Rémi Daigre du SSP]… Ce témoignage précis laisse donc penser que ce sont des SSP (Selbstschutzpolizei : « police d’autoprotection »), une formation paramilitaire rattachée au SD, qui a accompagné les Allemands de Bourbriac à Garzonval.  Il ressort des archives que ce sont les SSP et non pas les Perrot, qui accompagnent le SD pour achever des prisonniers, ce qui est d’ailleurs précisément le cas à Bourbriac le 8 juillet 1944, une semaine avant l’événement :

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Extrait du rapport du « Sonder Kdo III » (« commando spécial III ») commandé par Georg Röder pour la période allant du 1 au 15 juillet 1944 [Bundes Archiv R70] : 2 von Kdo.III festgenommene Terroristen würden von SD = u. Selbstschutzmännern gegen 17,00 Uhr im Wald bei Bourbriac erschossen (« 2 [personnes] arrêtées par le Kdo.III [commando spécial III] ont été abattues par le SD et les hommes du SSP vers 17 heures dans le bois près de Bourbriac »). Dans ce rapport, n’apparaît pas l’euphémisme fréquent « abattu pendant le combat » (im Kampf erschossen). L’identité des deux personnes abattues reste à confirmer.

Dans ces rapports du SD, on relève un autre cas où ce sont les SSP qui achèvent un résistant prisonnier. On ne trouve aucun élément dans ces archives qui met en cause des Perrot. Mais Françoise Morvan partage le préjugé des universitaires bretons officiels pour lesquels les archives allemandes ne présentent pas d’intérêt au point de ne jamais les utiliser [2].

Comment notre historienne traite-t-elle le témoignage de Joséphine Garzuel qui laisse penser que, dans le cas des « martyrs » de Garzonval, c’est aussi le SSP qui a accompagné les Allemands ? La pirouette est remarquable (p. 160) : Joséphine Garzuel s’est-elle trompée ? Eh bien voilà, la question et la réponse, c’est que le témoin s’est trompé ! Ainsi en a décidé Françoise Morvan, qui préfère un autre témoin, selon elle digne de foi… un SSP ! Soit le SSP d’Ambert de Sérillac qui déclarera après la guerre : Georg Roeder et Max Jacob sont partis à Garzonval et ont été suivis par une conduite intérieure… avec des membres de la Formation Perrot et le Feldwebel Beckmann. Dans le cas d’Ambert de Sérillac, susceptible de s’être rendu lui-même ou un de ses camarades à Garzonval, Françoise Morvan ne se pose pas la question de savoir s’il se serait trompé, ou, plus plausible, s’il aurait menti… (Il sera le seul des SSP présents à Bourbriac et interrogés séparément après la Libération à avancer cette thèse).

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La Selbschutzpolizei (SSP) de Rennes : Jean-Yves de Cambourg, Jean Frelin, Marcel Durot, Rémi Daigre (rang du haut), Max Jacob [Oscar Marx], René Hocquart, Depin, Roger Silly, Élie Cardun, Paul Anderlé (rang du milieu), Jacques Van Verden, Eugène Martin, Lionel Brot (rang du bas) [NARA 2 Washington].

En définitive, Françoise Morvan exhibe dans son livre pour unique témoin à l’appui de sa thèse de la présence de la Bezen à Garzonval, l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’homme qui a vu le Perrot  : un certain René Morvan, qui n’est autre que… l’oncle paternel de Françoise Morvan !  Responsable de l’ANACR à Rostrenen, René Morvan mettait encore en avant en 2003 la thèse plus plausible des « gars du Maréchal », soit encore les SSP, qui auraient accompagné les Allemands à Garzonval. Ce qui confirme seulement l’adage selon lequel, avec les communistes, le passé est encore plus imprédictible que le futur.

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Extrait d’ Ami entends-tu ?, revue de l’ANACR, 2003, n°126, p.9 : de gauche à droite, René Morvan, Arsène Mordelet et Jean Le Jeune, responsable de nombreux crimes commis par le « Bataillon Guy Môquet » dans la région de Rostrenen. L’histoire à géométrie variable selon l’ANACR…

Françoise Morvan ne nous livrera jamais le nom du témoin dont son oncle fait état, car ce témoin n’a jamais existé. La théorie centrale de son livre ne repose sur aucun élément concret, archive ou témoignage incontestable [3].

Du ragot à la radio

Notre historienne nationale a fait des émules à Plougonver en la personne d’Anne Orgeolet, Sophie Legendre et Alain Michel interviewés dans l’émission « Garzonval en mémoire » sur Radio-Kreiz Breizh le 17 novembre 2014, suite à la parution en juillet 2014 d’un ouvrage du même nom édité par la mairie de Plougonver. Une grande confusion dans les témoignages cités, l’incapacité de distinguer un fait d’un ragot, des accusations sans le moindre fondement et sans la moindre réserve dans l’affirmation …  Alors qu’il évoque les « martyrs » de Garzonval avec des trémolos dans la voix, Alain Michel va jusqu’à s’étrangler d’émotion et ne plus pouvoir parler au cours de l’entretien (minute 28 de l’émission) et surjoue la compassion avec un soupçon d’exhibitionnisme. Alors que la culture  bretonne tend à un certain stoïcisme devant la mort et à une certaine dignité devant l’épreuve, on se retrouve au cours de cette émission dans une indécente pleurnicherie.

Au cours de l’émission, les quêteurs de mémoire encensent le « martyr » François-Louis Le Berre, qui a, pour tout parcours « résistant », assassiné Joseph Trémel de Plougonver, au prétexte que ce dernier aurait dénoncé Yvonne Coantiec, née Rannou, qui ne reviendra pas de la déportation. Car l’accusation portée contre Joseph Trémel avec une tranquille assurance par Anne Orgeolet, Sophie Legendre et Alain Michel ne repose que sur des ragots imprécis et contradictoires (d’autres ragots attribuent la dénonciation d’Yvonne Coantiec à une autre personne de Plougonver !). L’intérêt de la démarche est d’illustrer la place du ragot dans la mémoire collective : pourquoi reprendre un ragot à son propre compte  ? Il y a bien sûr le fait de se rendre intéressant et de montrer qu’on sait des choses, qu’on est dans le secret, qu’on dispose du privilège de la confidence. Mais, dans le contexte de la Libération et de la longue période d’instabilité qui a suivi, le ragot permet de  montrer qu’on était du bon côté, qu’on adhère aux thèses du vainqueur ou plus précisément de ceux qui se sont miraculeusement trouvé du côté du vainqueur américain qui n’a fait que passer. En reprenant les thèses de « résistants » armés que l’on craint (les Allemands n’étant plus là pour les tenir en respect), on s’affranchit des reproches potentiels que ces résistants pourraient faire d’avoir été un collabo. Et en dénonçant d’autres prétendus collabo, on démontre davantage encore son adhésion aux thèses résistantes. Le ragot devient un phénomène collectif et durable, un syndrome de Stockholm que les recherches dans les archives qui s’ouvrent enfin vont contrecarrer.

Au cours de l’émission, les quêteurs de mémoire font preuve d’une totale indifférence envers les victimes des « martyrs » de Garzonval : aucune jérémiade pour la fille de Joseph Tremel qui a vu à l’âge de quatre ans son père assassiné sous ses yeux par le « martyr » François-Louis Le Berre. Un acte particulièrement stupide et d’une extrême violence pour un enfant de cet âge. Cet assassinat de Joseph Trémel est une bavure parmi d’autres de la Résistance bretonne [4] et les quêteurs de mémoire de Plougonver sont bien incapables d’identifier les véritables dessous de cette affaire Trémel-Coantiec [5].

Une précision à propos du deuxième criminel parmi les « martyrs » de Garzonval, Jean-Louis Corbel qui a assassiné, sur ordre du Parti communiste le maire de Glomel, Jean-Louis Croizer. Le dossier du complice de Jean-Louis Corbel, Joseph Masson, est aujourd’hui librement communicable depuis le décret du 24 décembre 2015. Ce dossier est en soi probant pour démontrer l’action de Jean-Louis Corbel et Françoise Morvan et ses émules de Plougonver seraient avisés d’aller le consulter avant toute affirmation (ou ragot) sur cette affaire.

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(lien vers l’émission).

Les « bras cassés » de la Résistance bretonne

« Garzonval en mémoire » parvient à ne même pas faire mention du Plougonverois Jean-Baptiste Peton, réquisitionné comme garde des voies et communications et présenté de ce fait par la Résistance callacoise comme un « milicien ».

Vers le 8 août 1944, le résistant Georges Ollitrault et le parachutiste Roger Lobrot investissent Callac sans combat, ce qui marque la libération de Callac, le maquis du même nom se trouvant planqué on ne sait trop où. C’est quelque jours plus tard que Jean-Baptiste Péton est intercepté et assassiné (tué avec préméditation) par ce maquis : l’événement survenant après la libération, l’inculpé ne peut même pas bénéficier de l’ordonnance d’Alger du 6 juillet 1943 qui a largement permis de présenter des vols, des viols et des assassinats comme des actions servant la cause de la libération de la France.

ONL

Extrait d’un document librement communicable relatif à l’assassinat de Jean-Baptiste Péton.

Dans ses mémoires, Valentin Bertrand du maquis de Callac occulte tout simplement l’affaire Péton (dans laquelle on retrouve un protagoniste « résistant » de l’assassinat du barde Émile Bocher et de son frère à Saint-Servais) dont il est le principal inculpé, mais il affirme avoir participé avec ce maquis, alors basé à Trébrivan, au combat de la Pie du 29 juillet : auditionné par nous le 20 avril 2012, nous n’avons pas obtenu de sa part des réponses précises et spontanées sur les circonstances de ce combat, tel qu’on peut s’y attendre de la part de quelqu’un qui a participé à l’action. Ce qui induit un soupçon important sur la réalité de sa participation à cet événement.

Pour ajouter, s’il était nécessaire, encore plus de piment à ces troubles de la mémoire résistante, ajoutons que l’autre résistant que Françoise Morvan prend à témoin n’est autre que Thomas Hillion, dont le parcours résistant consiste surtout à s’être blessé le 15 août 1944 à la main gauche en manipulant un détonateur de grenades, plus d’une semaine après le passage des Américains… de quoi commencer une carrière d’ancien résistant et d’apparatchik au sein de l’ANACR. Et c’est Thomas Hillion, qui se permet de critiquer le résistant au parcours hors normes Georges Ollitrault (né comme Thomas Hillion en 1925)  avec ses trois ans de clandestinité à partir de 1941, ses trois évasions, ses multiples sabotages et combats contre l’occupant… Il est désopilant de remarquer que lorsque Françoise Morvan et Thomas Hillion reprochent à Georges Ollitrault d’avoir mené des actions contre les Allemands (non pas sur son initiative personnelle, mais sur ordre de sa hiérarchie dument officialisée après la libération), ils reprennent littéralement à leur compte les antiennes collaborationnistes qui prévalaient encore dans la presse bretonne au moment des événements :

oe CdN 1944-07-15 p 2cOuest-Éclair [6] du 15 juillet 1944, édition des Côtes-du-Nord, page 2 (3 semaines avant l’arrivée des Américains).

Avec ses accointances résistantes, Françoise Morvan est donc particulièrement bien placée pour constater que la Résistance bretonne a été globalement plus dangereuse pour les Bretons que pour les Allemands… Il lui reste à admettre les évidences.

Petits signes

Notons toutefois dans le post de Françoise Morvan quelques petits signes d’une évolution bien timide. Elle manque d’enthousiasme quand on lui révèle qu’un nationaliste breton (Polig Monjarret) et un Juif ont pu devenir amis, mais au moins ne conteste-t-elle pas les faits. Elle fait état du pacte germano-soviétique : peut-être considérera-t-elle un jour que sans ce pacte, il n’y aurait pas eu de Garzonval.

Françoise Morvan fait aussi mention d’Alice Le Guillou, assassinée par des maquisards FTP bretons montés à Paris après avoir été libérés par les Américains en septembre 1944 pour assassiner cette jeune médecin [7]. Si sa thèse des Perrot à Garzonval est plus que fragile et même inconsistante, celle des FTP de Callac allés à Paris pour violenter la jeune médecin est bien plus sérieuse. Si ce crime, parmi les plus glauques commis par la Résistance bretonne, avait été perpétré par un nationaliste breton, nul doute qu’elle s’en serait indignée depuis longtemps.

Violence, criminalité et idéologies

Le discours de Françoise Morvan, qui prolonge celui d’historiens officiels, tend à présenter la violence et la criminalité comme intrinsèques au nationalisme breton, nationalisme qui serait de surcroît assimilable au nazisme. Dans le même temps, la Résistance serait exempte de toute violence, incapable de crimes, et elle serait inspirée par les plus nobles idéaux, sans arrière-pensées politiques.

Dans les circonstances de la guerre, des nationalistes bretons ont commis des violences envers leurs compatriotes : au moins l’un d’entre eux a torturé (cas emblématique d’Hervé Botros et, dans une moindre mesure, de Joseph Le Ruyet). Plusieurs d’entre eux ont violenté des résistants prisonniers. Il ne peut être formellement démontré qu’ils ont participé à des exécutions sommaires, comme à Creney près de Troyes en août 1944. Les aveux d’André Geffroy, dit Ferrand ou encore Petit Geff, qui a plus ou moins reconnu avoir accompagné le SD dans le bois de Colpo, sont entachés de violences qu’il aurait lui-même subi lors de son internement et de ses interrogatoires. Les violences imputables à des nationalistes bretons se sont exercées dans le cadre de la répression des mouvements de résistance par les Allemands, à l’encontre de certains de leurs compatriotes susceptibles eux-mêmes de leur porter des coups, dans un contexte de guerre dissymétrique entre une armée régulière et des organisations de francs-tireurs.

Mais (à ma connaissance) aucun nationaliste breton n’a été l’auteur de crimes politiques ou de crimes de droit commun contre des civils sans défense comparables à ceux commis par la Résistance bretonne. Aucun n’a exercé de violence contre des femmes, violé ou tondu avec des déviances sexuelles caractérisées. Globalement, les nationalistes bretons ont plus subi des violences qu’ils n’en ont exercées.

De quel bord qu’ils se soient retrouvés, du côté des Alliés ou du côté des Allemands, quel que soit l’uniforme qu’ils ont porté, les nationalistes bretons prenaient pour exemple les républicains irlandais. En cette année du centenaire du soulèvement de Pâques 1916, il est opportun de rappeler qu’ils ont rêvé d’une autre Irlande. Et leur rêve peut être jugé à l’aune de ce qu’est devenu ce pays libéré qui se réconcilie avec son ancien envahisseur. Les citoyens irlandais, qui jouissent aujourd’hui d’une liberté nationale, sont reconnaissants à ceux qui ont sacrifié leur vie pour la souveraineté et la liberté de leur pays.

Pour cette petite nation européenne, les Droits de l’Homme ne sont pas un prétexte à faire la morale au monde entier tout en se dispensant de les mettre soi-même en application. Ce sont des principes portés par les citoyens, à inscrire dans la vie de tous les jours, dans une indéfectible confiance dans l’avenir.

 


[1] : Françoise Morvan laisse entendre (p. 162) que le convoi des Allemands du SD, des SSP et des supposés Perrot quitte Bourbriac pour Scrignac le 16 juillet au soir et se débarrasse en cours de route des prisonniers à Garzonval. L’hypothèse est intéressante. Si ce n’est que Françoise Morvan cite (p. 161) la seule témoin de l’événement, Marie Labat veuve Even, qui indique que trois véhicules venaient de Plougonver et sont repartis dans cette direction (et au-delà, vers Scrignac ou Bourbriac ?). Elle cite aussi (p. 161) l’ancien maire de Bourbriac qui indique qu’une voiture emportant les prisonniers a quitté Bourbriac vers 20 heures 30 [19 heures pour Joséphine Garzuel] et que cette voiture est revenue vers 22 heures, mais vide. Françoise Morvan se pose la question : Les deux autres voitures ont donc poursuivi leur route, mais vers quelle destination ? Si l’ancien maire de Bourbriac affirme qu’une voiture contenant les prisonniers est revenue vide, il n’a pas, ce faisant, affirmé que deux autres voitures ne sont pas revenues à Bourbriac, ce qu’a inféré Françoise Morvan…

bs

[2] À quel moment les universitaires réputés spécialistes de la Seconde Guerre mondiale en Bretagne, Christian Bougeard et Jacqueline Sainclivier, prennent-ils en compte les archives allemandes ? Ou même les archives britanniques et américaines ?

[3] : Du témoignage dans l’historiographie de la Résistance, de son poids, de ses méfaits, Jean-Marc Berlière (lien).

[4] : cas de l’ingénieur André Roussel assassiné par erreur par le maquis de Callac le 2 avril 1944 : confondu avec l’agent des Allemands Maurice Zeller ou un de ses accompagnateurs.

[5] : la démarche intellectuelle des apprentis historiens est parodiée dans le film Monthy Python : Graal, Sacré Graal… :

[6] : Ouest-Éclair, ancêtre d’Ouest-France, éditeur de… Françoise Morvan !

[7] : sur ce qui se passe dans un certain nombre de lieux de détentions et de tortures du Paris libéré : Ainsi finissent les salauds. Séquestrations et exécutions clandestines dans Paris libéré, de Jean-Marc Berlière et Franck Liaigre, Robert Laffont, 2012.

 

 

Le coup de pied de l’âne

Dans son nouveau roman Mari Vorgan ar Glandour (« la sirène des algues »), l’écrivain, acteur et metteur en scène Goulc’han Kervella cite à plusieurs reprises Roparz Hemon (1900-1978) et son roman Mari Vorgan écrit en 1958, publié en 1962 puis traduit du breton en français en 1981. Anne Bilak, directrice des centres régionaux de documentation pédagogique (CRDP) de Rennes et Nantes, s’offusque de ces citations et elle écrit le 12 décembre 2015 à Michel Quéré, recteur d’académie de Rennes, que Roparz Hemon aurait été radié par le ministère de l’Éducation pour des raisons de collaboration au cours de la Seconde Guerre mondiale. Et elle demande au recteur, qui s’en exécute, d’interdire la publication du roman.

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La diversion d’Anne Bilak ne peut faire oublier que la France vaincue en 1940 proposa à son vainqueur la politique de « Collaboration », ce qui l’amènera à instaurer un « Statut des Juifs » et à consentir un important soutien financier à l’effort de guerre allemand. Et accessoirement, à devenir la principale complice dans un des plus grands crimes contre l’Humanité, la Shoah, avec ses six millions de victimes. Sans oublier d’autres victimes parmi d’autres catégories de la population.

Anne Bilak s’en émeut-elle ?

Accessoirement, Roparz Hemon n’a pas été radié de l’Éducation nationale dont il a démissionné volontairement, mais il a été condamné à dix d' »indignité nationale » en 1945. Il y aurait donc lieu pour Anne Bilak d’accorder de l’importance à des jugements rétroactifs et revanchards de la justice de l’Épuration, un grand moment de l’histoire de France. Anne Bilak ne s’offusque pas de ce que nombreux écrivains français frappés d’indignité nationale après la Libération soient publiés dans la Pléiade et largement cités dans les livres scolaires avalisés par l’Éducation nationale : Sacha Guitry, Henri de Montherlant, Marcel Jouhandeau, Louis-Ferdinand Céline, Jean Giono… Une liste plus complète pourra être trouvée ici.

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Revue « Les ondes », n°135, dimanche 28 novembre 1943, L‘activité de Rennes-Bretagne, pp. 12-13, – Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC) et musée d’histoire contemporaine

La remarque d’Anne Bilak est d’autant plus incongrue que, à la différence des écrivains cités précédemment, Roparz Hemon, en tant que Breton, n’a pas le moins du monde été partie prenante ou aurait seulement prôné la politique de Collaboration franco-allemande, globalement défavorable à toute forme d’émancipation de la Bretagne. Si quelques avancées ont été constatées dans le domaine culturel, elles sont dues à l’initiative de quelques Allemands, ce dont il y a lieu de les féliciter. Grâce à ces soutiens, Roparz Hemon s’est surtout consacré pendant l’Occupation à l’Institut celtique et aux émissions en langue bretonne de Radio-Rennes.

Que Roparz Hemon ait écrit en breton plutôt qu’en français et hissé la langue bretonne à un niveau littéraire international indispose plus vraisemblablement Anne Bilak. D’assez nombreux intellectuels français font preuve de mépris envers le fait breton, mais de nombreux autres savent aussi porter l’amour de leur langue et de leur culture françaises sans se laisser aller à ces bassesses. Ce sont sûrement ces derniers qui œuvrent plus utilement pour le rayonnement de la France que quelques besogneux dénonciateurs d’un écrivain de langue bretonne.

C’est une forme de négationnisme que d’accorder de l’importance à des détails de l’Histoire. La condamnation a priori d’un auteur pour son appartenance culturelle sans la moindre appréciation de son œuvre rappelle aussi les plus sombres heures du siècle dernier en Europe. Et l’interdiction de la publication d’une œuvre est une négation flagrante de la liberté d’expression : elle nous renvoie à l’essence même de tous les totalitarismes. Parce que le respect de la vie est essentiel, il faut accorder toute leur place à la littérature et aux arts et à leur enseignement qui concourt au véritable respect de cette vie.

Ene va ene, biskoazh n’em eus ho karet kreñvoc’h eget pa’m eus ho kuitaet. Va c’hrediñ a rit, n’eo ket ? Ezhomm am eus em c’hredfec’h, evid krediñ va-unan. [1]

Cet incident nous rappelle au moins un agréable moment de lecture. Ayant déjà dépassé les événements de la guerre qui vient de se terminer, Roparz Hemon situe son roman Mari Vorgan dans sa chère ville de Brest avec ses connivences océanes. Il le construit sous la forme d’un journal de bord que le médecin du navire Agenor remettra à sa jeune épouse, Adela, lorsqu’il reviendra de son périple. L’intrigue se dévoile et les personnages se révèlent de la fête de la nouvelle poupe à Brest, d’où part l’Agenor avec une passagère clandestine, à la fête du passage de la Ligne… [2]

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[1]  Roparz Hemon, Mari Vorgan, Al Liamm, 1962, p. 28

[2] Pierrette Kermoal, Un ene tan, Preder, 2002.

Lili La Plume

Vient de disparaître Louis Quénéhervé, dit Lili La Plume, de Rosporden, né en 1925, ancien du groupe d’Albert Rivier et de Louis Le Cleac’h, dit Mercier, du mouvement Libération Nord.

LQ

Louis Quénéhervé à Quillien, là où vers midi le groupe FTP de Scaër sollicita le concours du maquis de Quillien le 15 juillet 1944.

Rencontré le 31 octobre 2015, Louis Quénéhervé m’a proposé de se rendre sur les lieux du combat de Kernabat : pas besoin de lui demander. Aucun doute possible, Louis Quénéhervé était bien à Kernabat le 15 juillet 1944, encore en plein dans  l’action une fois rendu sur les lieux. Idéal pour comprendre le terrain et les mouvements des différents protagonistes.

Kenavo Lili.

KQ

Viens rejoindre notre armée !

Citation

J’ai le plaisir de vous annoncer après Arthur et David en 2011 et Joli mois de mai 1944 en 2013, mon troisième livre : Viens rejoindre notre armée ! 1944, une Résistance bretonne à contretemps. Toujours le même cadre de la Bretagne pendant la Seconde Guerre mondiale, cette fois selon le thème des groupes nationalistes bretons, qui vont se retrouver dans des opérations policières et militaires au côté des Allemands ou des Alliés, dans le contexte de la fin de l’Occupation qui fut bien plus une guerre civile qu’une guerre de libération.

En repartant de la réalité du terrain, des témoignages et des archives, et en s’affranchissant des versions officielles que je n’hésite pas à remettre en cause.

Je vous fais part de ma présence au salon des écrivains bretons à Paris le samedi 6 février 2016, 10-19 heures (Salle des Fêtes de la Mairie du 14ème : 12 rue Castagnou, Métro ligne 4 : station Mouton-Duvernet) ainsi que d’une conférence pour présenter ce livre le samedi 5 mars 2016 à 15 heures au Centre culturel breton, place du champ au roy à Guingamp. Cette conférence est organisée par l’Institut de documentation bretonne et européenne (IDBE) basé à Guingamp.

Mon livre est distribué dans les librairies et les maisons de la presse par Coop Breizh et par l’IDBE. Si vous avez des difficultés pour vous le trouver, je peux vous l’envoyer directement : il sera alors dédicacé.

Je vous souhaite bonne lecture,

Bien cordialement,

Yves Mervin

Mon mail : jolimoisdemai1944@free.fr

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Table des matières :

REMERCIEMENTS
AVANT-PROPOS
CONVENTIONS

MÉMOIRE LONGUE ET MÉMOIRE COURTE

LES PIONNIERS
Breiz Dishual
Breiz Atao
Gwenn-ha-du
Nationalistes allemands
Le réveil de Gwenn-ha-du
Kadervenn
Les procès des nationalistes bretons
Abadenn Casement
Le pacte germano-soviétique
La drôle de guerre
L’Effondrement
Le congrès de Pontivy
Le salut au drapeau de la nation bretonne

OCCUPATION ET PRÉOCCUPATIONS
Barbarossa
Le spectre de l’Épuration
La guerre des ondes
Sicherheitsdienst (SD)
Le groupe Vissault
Mission Cockle
Pat O’Leary
Les arrestations de Pontivy
Retour à Londres
Henri Joubard
Le camp de Landivisiau
Yann Bricler
Rendez-vous manqué avec Raymond
La Révolution prolétarienne
Yves Kerhoas
Jean-Marie Perrot
La Bezen Perrot
Communisme de guerre en Morbihan
Le groupe Vissault à Bubry
Les rafles de Baud
Premières opérations de la Bezen Perrot

EN ATTENDANT LE DÉBARQUEMENT
Convulsions et raidissements
Le détournement des armes
Défense de la France
Le Kommando de Landerneau
L’arrestation de Jean Corre
Le Kommando arrête et recrute
L’inspecteur de police Guillaume Le Penduff
Henri Provostic dit Benoît
Éliane et Simone Riou
Paul Gaïc
Édouard Leclerc
André Geffroy et Hervé Botros au Kommando
Le Bataillon Guy Môquet
La rafle de Maël-Pestivien

EN ATTENDANT LES AMÉRICAINS
Au Château du Boro
Albert Duperrier et Madame
Guéméné-sur-Scorff
Justice populaire en Haute-Cornouaille
Le maquis du Lescouët
Broualan
Henri Cevaër père et fils
Bellon, contrôleur du courrier des autonomistes
Locminé
On les aura les Boches ?
Guy Péron
La « Milice bretonne » à Ploëzal
Équipes nationales de la jeunesse
Pardon Vourc’h à Bourbriac
Le maquis de Kerougon
Deuxième expédition à Scrignac
Deuxième parachutage pour Kernabat
Affaire de Hanvec et du Faou
Le maquis de Rosnoën
Théophile Lécuyer de Lesneven
La libération de Scrignac
Les frères Tattevin
Le maquis Bleimor
Le maquis de Moncontour
Le maquis des parachutistes
Le maquis de Lopérec

EN ATTENDANT LA CAPITULATION
Missions radio et sabotage
La retraite de la Formation Perrot
Pierre-Marie Lec’hvien
Corvée de bois à Troyes
Le groupe Liberté
Les maquis nationalistes
Au coeur de l’Allemagne
Le retour de Polig Monjarret
Procès, condamnations et pelotons d’exécution

DEVOIR DE MÉMOIRE
Nation et Résistance
Nation et insurrection
Nation et idéologies
Nation et nationalisme

VISION COURTE ET VISION LONGUE

LEXIQUE
ABRÉVIATIONS
ARCHIVES
BIBLIOGRAPHIE
INDEX
TABLE DES MATIÈRES